QUE C'EST MOCHE ...

Etiquettes 2007-8-10-11-12 et 13
Etiquettes 2007-8-10-11-12 et 13

 

 

 

 

 

 

... de critiquer sans cesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

De retour d'un éprouvant voyage - je vous le décrirai plus tard - j'ai survolé les interventions diverses concernant mon domaine sur le net. Dans le microcosme auquel j'ai accès le plus immédiatement, on parle beaucoup de nous, pour le moment.

 

La plupart du temps, on utilise des termes élogieux pour décrire

nos vins, et des qualificatifs souvent plus mitigés pour commenter mon approche de leur "commercialisation". En gros, je serais peu habile, difficile d'accès, mal avisé ... Je pense que tout cela n'est pas faux mais n'oublie pas non plus un certain adage qui voudrait que les conseilleurs ne sont pas souvent les payeurs. 

 

L'imbécile est celui qui ne tient nul compte des opinions qu'il entend. Son compère serait celui qui changerait constamment d'attitude à cause d'elles. Je pense, quant à moi, que "goede wijn behoeft geen krans" mais, bien sûr, si le ramage se rapporte au plumage il n'en deviendra que plus facile de se faire connaître, avant que de se faire apprécier. A la Coume Majou, on a été capable de se faire apprécier - par un petit nombre - assez vite et au-delà de toutes les espérances raisonnables, mais il faut du temps pour se faire connaître. Quant à se faire RE-connaître, honnêtement, on s'en tape.

 

Cet épiphénomène délicieux - et je n'y suis pas pour grand chose, tout au plus le soin attentif que j'y apporte - que constitue notre vieux carignan, La Loute de Coume Majou, commence à gagner des adeptes dans le milieu des connaisseurs en vin de l'hexagone. Il a fallu cinq ans de moins aux amateurs belges et à la belle restauration du sud de la France pour arriver au même résultat. C'est ce qu'on appelle l'influence du facteur "proximité", tant il est vrai que la Flandre est voisine du Fenouillèdes.

 

Sa suavité fait je pense l'unanimité et c'est aussi la qualité principale que je lui reconnais: mon contraire parfait en quelque sorte. Pour nos lecteurs habitués, qui connaissent mon penchant pour les anecdotes, je vais vous narrer celles qui concernent le choix de l'étiquette, en gardant uniquement les avis les plus savoureux.

 

L'original, assez proche de la version 2011, est un fusain réalisé à la Place du Tertre par une artiste asiatique, en novembre 2004. Virginie avait alors 13 ans et c'est elle qui a sélectionné cette dessinatrice parmi les dizaines d'autres présentes ce jour-là. Elle a bien fait, j'adore le résultat.

 

En 2005, cette parcelle de vigne a été frappée par l'oïdium. Je ne suis arrivé à Estagel que le 12 février, avec tout restant à faire et je suppose que les spores étaient dans le bois. La vigne appartenait à deux papys de 78 et 80 ans, ne possédant pas de tracteur. Je n'ai pas ramassé les raisins, qui ont fini leur carrière dans la benne d'une connaissance d'un de mes vendangeurs. Vous n'en saurez pas plus (de ma bouche en tout cas).

 

En 2006, tout avait été fait pour garantir l'état sanitaire du raisin, avec à l'époque encore un peu de produits phytos de synthèse. Le raisin était magnifique, le jus le fut aussi et il participe pour une part importante à la Cuvée du Casot 2006, un vin que j'apprécie énormément pour le moment et que vous pouvez boire, par exemple, dans le restaurant du Bocuse d'Or 2005, Serge Vieira, à Chaudes-Aigues: le Château de Couffour, deux macarons chez bibendum.

 

En 2007, le scénario s'est répété et nous avons partagé ce jus entre la Cuvée du Casot 2007 et le premier millésime de La Loute (2007 comme vous l'aurez compris). L'étiquette, bleu de Prusse, ressemble paraît-il à une "affiche de propagande" pour le parti d'extrême droite français ou, selon un autre avis: " 't is percies en horrorfilm" ...


En 2008, après un traitement hivernal à 5% de bouillie nantaise (NB: pas bordelaise), la vigne nous a donné un jus splendide et donc une petite quantité de La Loute 2008, avec son étiquette vert olive; des ... lucques, bien évidemment.

 

En 2009, année de grande sécheresse chez nous, que le vieux carignan a géré en offrant une matière phénoménale mais à hauteur de ... 300 litres seulement, j'ai intégralement sacrifié cet or liquide à l'assemblage de la Cuvée du Casot 2009, sans doute le vin le plus subtil et le plus élégant que mes vignes m'ont donné depuis mon installation.

 

En 2010, la grêle a frappé le 16 juin et j'ai perdu presque tous mes grenaches. J'ai assemblé la meilleure partie du carignan (1950) du lieu-dit Rec d'en Cruels (à l'arrachage partiel pour le moment) et le jus de la parcelle de la Loute, pour vous concocter La Loute 2010. L'étiquette en est sanguine et j'ai abandonné pour de bon les appellations géographiques. Nous sommes depuis lors un Vin de France (VDF).

 

La cuvée de 2011 constitue celle des 20 ans de ma fille Virginie, d'où son épithète de "Jubilé" en lettrage métallisé. Ici entre aussi du jus de mon magnifique vignoble du Roc Blanc, menacé à plus d'un titre et proche de l'arrachage. Je pense que c'est un vin extrêmement jouissif. La mise est faite sans sulfite (depuis l'unique dose à l'encuvage), dans une bouteille allongée et avec un bouchon Vinolok. Il nous en reste malheureusement très peu et j'ai mis le solde "en réserve", à l'intention de quelques restaurateurs fidèles, de quelques habitués et ... de la génération suivante. Néanmoins, j'en "lâche" encore au compte-gouttes.

 

La Loute 2012 s'inscrit totalement dans la même ligne que celle de 2011, avec peut-être encore plus de fruit mais un rien moins de gras. C'est elle que vous pouvez acquérir cette année et c'est elle que nous faisons déguster en restauration. Un journaliste belge de mes amis a insisté pour en acheter quelques magnums, des collectors que nous avons conditionnés à son intention spéciale. Nous rompons avec l'étiquette naïve. Son modèle a trouvé que "je ne suis plus une petite fille" et m'a refilé une photo, un peu floue d'ailleurs, qui a servi de base à la maquette. Les grincheux n'apprécieront pas, les génies du packaging non plus. Tous les autres s'en foutent.

 

La Loute 2013, un peu plus fluide et avec un degré de moins, gagne en finesse ce qu'elle perd en "sauvagerie". A Bordeaux, on appelle élégant ce qui est dilué et peu mûr. Ici, il ne s'agit pas de cela, mais mon vieux carignan se la joue sur le mode "starlette évaporée", une Isabelle Adjani en période d'instrospection plutôt que la tornade talentueuse du temps de "Un été meurtrier" ou de "Mortelle Randonnée". L'étiquette reprend une photo récente de ma star a moi, à peine retouchée. 

 

En 2014, "kinnen-kloppen": pour la première fois en 10 ans, le mildiou a frappé et je n'ai pas pu maintenir le raisin sur les souches aussi longtemps que je le souhaitais (chute des feuilles). Mes carignans sont fruités mais sans ce gras qui constitue la sève de la Loute. Il n'y en aura pas.

 

Pour en savoir plus sur la galerie que

le billet suivant vous offre, allez voir ce lien-ci.

 


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Commentaires : 1
  • #1

    Michel de Lacave (jeudi, 04 juin 2015 15:41)

    Belle idée que cette rétrospective des millésimes et des étiquette de la Loute... Que vous souhaiter, cher Luc, sinon de trouver SUFFISAMMENT d'amateurs éclairés pour vous soustraire assez de flacons pour faire rayonner ce vin et SUFFISAMMENT PEU pour vous laisser en cave le visage d'un être cher associé à ces improbables carignans!