AVANT DE TRAVAILLER POUR LES MEDOC'S, J'EN BUVAIS

La Lagune, sa Blonde et un splendide Laguiole de chez Durand
La Lagune, sa Blonde et un splendide Laguiole de chez Durand

  




Ce billet sera

un peu plus long, trop peut-être.

Ayant bu pas mal

de Haut-Médoc

dans les années '80,

il n'est pas surprenant

que j'aie commencé à travailler

pour l'industrie

du ... médoc'

à la fin de la décennie.








J'ai passé l'année académique 1985-86 dans la capitale française, boursier de la région flamande et "co-sponsorisé" par la famille. Je n'y étais pas clodo, mais pas "au large" non plus. J'ai donc rabaissé mes exigences vineuses - c'est dans cela que disparaissait quasiment tout mon argent de poche à l'époque - et jeté mon dévolu sur les vins du Haut-Médoc. De Bercy à Orly et de Neuilly à Galieni - pour ceux qui ne sont pas familers, ce sont les 4 points cardinaux, environ - j'ai arpenté à pied toutes les rues abritant un "caviste", petit ou grand. Sur les millésimes 1981,1982 ou 1983 (ou parfois un peu plus tard), je me suis procuré quelques bouteilles, rarement une caisse ou deux, des crus suivants:


. Ch. d'Agassac: beaucoup de CS et P. Ribéreau-Guyon au conseil, à l'époque

. Ch. d'Arcins, idem encépagement et appartenait au - diabolique - groupe Castel 

. Ch. Arnauld: excellent 1982, très bon achat

. Ch. Beaumont: beaucoup de CS et Boissenot au conseil

. Ch. Belgrave: idem CS et Peynaud au conseil, Solide vin.

. Ch. Bel Orme Tronquoy de Lalande; avec un peu de petit verdot

. Ch. Cambon la Pelouse: sur Lamarque, également Boissenot

. Ch. de Camensac: idem CS et idem Peynaud, vieillit élegamment

. Ch. Cantemerle: hors catégorie, acheté en Belgique, j'ai encore du 1986

. Ch. Caronne Ste-Gemme: beaucoup de CS

. Ch. Cissac: beaucoup de CS et Mme Vialard au conseil, excellent 

. Ch. Citran: plus merloté, Peynaud au conseil

. Ch. Coufran: merlot +++, encore Boissenot, "écurie" Miailhe

. Ch. Dillon: appartenait à l'état français, encépagement dispersé

. Ch. Hanteillan: rencontre au domaine avec la séduisante C. Blasco

. Ch. Lachesnaye: 50 % CS et 50 % merlot

. Ch. de Lamarque: beaucoup de CS et joli château de "type" médiéval

. Ch. Lamothe Bergeron: beaucoup de CS

. Ch. Lanessan: 75 % Cs, je possède encore du 1985

. Ch. Larose-Trintaudon: beaucoup de CS, Peynaud, très répandu en GD (volume)

. Ch. La Tour Carnet: 2/3 CS

. Ch. Lestage Simon: fort merloté

. Ch. Liversan: Ribéreau-Gayon au conseil

. Ch. Malescasse: 70 % CS, "solide"

. Ch. Maucamps

. Ch. Peyrabon: un peu rugeux, me plaisait bien

. Ch. Pontoise Cabarrus: beaucoup CS, Boissenot

. Ch. Puy Castéra: 60% CS et Boissenot

. Ch. Ramage La Batisse: CS et Peynaud

. Ch. Saint-Paul: sa belle étiquette dorée ! 

. Ch. Ségur: Boissenot encore

. Ch. Sociando-Mallet: hors catégorie, voir ICI

. Ch. Tour du Haut Moulin: 50 % CS

. Ch. Tour-du-Roc: nous l'achetions en direct avec notre club "les Amis du Vin"

. Ch. Villegeorge: plus de merlot et "écurie" Lurton, assez souple


Cette énumération à la Prévert vous indique que ma "culture" médocaine était développée, et que j'allais plutôt vers des vins à haute proportion de cabernet sauvignon, LE cépage du Médoc selon moi. Il faut souligner l'importance de l'oenologue dans ces domaines, à l'époque. Eux "savaient" et arrivaient à éviter les quelques "erreurs" endémiques au vignoble il y a 40 ans: surproduction, maturité insuffisante et vaisselle vinaire ... d'une propreté approximative. 


Mais, me direz-vous, et le Château La Lagune

Minute, Papillon: j'y viens. 


Je possédais un ami, Olivier, qui avait articulé un petit club informel de passionnés autour de lui. Il était responsable du rayon "vins" d'un des points de vente de Delhaize-le-Lion, avant de rejoindre quelques années plus tard leur centrale d'achat au département "fromages". Olivier était la copie conforme de Stefan Edberg (le tennisman) en moins barraqué. Il en possédait l'élégance et la finesse de déplacement et avait un caractère des plus aimables. Plus tard, il avait conçu un "sentiment" envers la mère de ma fille, La Loute, sans jamais devenir déplacé, au point que nous étions partis à quatre (avec sa compagne) aux sports d'hiver en Autriche, enfoncés dans une petite "Golf", de volume beaucoup plus réduit à l'époque. Nous nous sommes perdus de vue depuis lors.


C'est Olivier - liens entre la cave de Allied Lions et le domaine - qui nous a permis de déguster de nombreux millésimes de La Lagune, et parfois d'en acheter. Au fil des années, j'ai ainsi eu en bouche, et parfois en cave:

1964: très bon, un peu sec en finale

1966: m'a plu énormément

1970: un excellent vin

1971: bu aux îles Shetland en 1985, TB

1972-1973-1974: no comment

1975: millésime décrié mais excellent pour ce cru

1976: beau vin

1977: acceptable, manque de maturité toutefois (pas de miracle)

1978: succulent

1979: bon vin

1980: on peut s'en passer mais agréable

1981: élégant et construit

1982: voir plus bas

1983: bien 

1984: semblable à 1977

1985; très bon vin, évolution rapide

1986: je les ai revendus, dommage 


Je n'ai pas connu Monsieur Brunet, parti créer Vignelaure en Provence, avec un succès mitigé. Pourtant, Eloi Dürrbach a montré à Trévallon qu'il y a moyen de faire splendidement mûrir le cabernet sauvignon près des Alpilles.


Mais j'ai eu la chance d'être accueilli, alors que je rédigeais les chroniques "vin" du mensuel médical Semper, par Mme Boyrie, la régisseuse emblématique de la propriété. L'endroit me plaît, la forte proportion de cabernet sauvignon (et franc) me plaît, la maturité recherchée me plaît, le boisage intense mais intelligent me plaît.


Et ce 1982? Un régal avec l'entrecôte de Blonde d'Aquitaine et une tombée de petits légumes encore croquants (carottes, côtes de blettes, fenouil). 


Le niveau avait baissé jusqu'à la limite de l'épaule en dépit d'un bouchon en bon état. En carafe une demi-heure, le vin a révélé une robe à peine évoluée, presque noire et dense. Le nez, très ... cabernet (goudron, pruneau confit, thym) est d'emblée puissant. Plus aucune trace de bois (32 ans quand même). Et la bouche est une perfection médocaine: ferme à l'attaque, ronde au milieu et sans aucune aspérité en finale. Un beau vin du Médoc dans une grande réussite.


Les puristes - ou les snobs - vont bondir, mais La Lagune

me fait penser à Haut-Brion, le bois en moins. 

Je pensais que c'était ma dernière bouteille

mais j'en ai retrouvé une, au niveau identique.

Espoir donc.




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