PLUS DE DROIT 

Fini le "stopgeld" ou encore "kurkgeld"
Fini le "stopgeld" ou encore "kurkgeld"

 

 

 

 

L'ami Lalau nous informe

ce matin, alors qu'il séjourne

en Grèce, apparemment,

d'une "convention" nouvelle.

Voir ICI.

 

 

 

 

 

 

 

Cette brève me fait soulever plusieurs points, autant de départs à notre réflexion. Cela étant, je me garderai bien de donner des "conseils" de bonne conduite, même si je fais effectivement la leçon. Morale et vie réelle me semblent de plus en plus étrangers l'un par rapport à l'autre, notamment en France. Mais peut-être la même évolution s'observe-t-elle dans les contrées où je ne vis pas ? 

 

En substance, un restaurant qui défraie la chronique en Narbonnaise a signé un accord avec l'organisation "Sud de France" pour ne plus imposer de droit de bouchon aux vignerons de la région lorsque ceux-ci mettent leurs vins à la dégustation aux cours de repas pris avec les clients. L'initiative est louable en soi et, même Léon le chagrin n'y voit rien à redire.

 

Toutefois, il me semble adéquat, à ce stade, de vous apporter quelques précisions concernant l'établissement et son fonctionnement apparent, de faire quelques remarques d'ordre général et de m'étonner du rôle joué par l'organisation "sectorielle" dans cette affaire.

 

Le restaurant en question est une  "bonne affaire" pour ses clients, de l'avis général. Parmi mes camarades du "Blog des 5 du Vin", au moins trois y sont allés manger, bien d'après eux et pour un tarif raisonnable, au point qu'ils ont blogué à ce sujet à plusieurs reprises. Moi, je n'y suis ni client ni fournisseur. 

 

En gros, on y mange à volonté pour 30 euros environ (un peu plus si on veut de la langouste, également ad libitum) et on boit un large assortiment de vins du coin, en payant sur table le prix officiel pratiqué à la cave du vigneron. Bien plus, si on achète à la sortie un carton de six du même vin, la bouteille bue disparaît de la note de restaurant! Soyons fair-play, tout est bien du point de vue du consommateur dans cet arrangement.

 

Mais ne soyons pas naïfs. Comment se fait-il que TOUS les autres restaurateurs de France éprouvent des difficultés à maintenir leur marge bénéficaire, et l'emploi, et le service en pratiquant des coefficients bien supérieurs sur les boissons (eau comprise) et en faisant payer - relativement - plus cher leurs menus? Je n'ai pas la réponse et l'économie d'échelle réalisée ici est certainement une partie de la solution: entre 700 et 800 couverts par jour (entre le midi et le soir, 7 jours sur 7) d'après les informations fournies par l'exploitant lui-même, mais également plus de 80 salariés sur le pay-roll, donc pas mal de charges sociales je suppose. Même si les professionnels "touchent" la langouste meilleur marché que nous, elle a un coût tout de même : la chaîne du froid est longue depuis le delta du Mékong ou bien Cayo Santa Maria 

 

Je n'ai pas la réponse, et ce n'est pas mon métier. Si j'étais de la concurrence, j'essaierais quand même de comprendre où je commets des erreurs de gestion, et sur quels postes je suis moins performant: approvisionnements, gestion des déchets et pertes, "utilisation" du personnel, remplissage (on dit "taux de fréquentation", cela fait plus chic) ...

 

Un autre sujet me préoccupe. farouche individualiste comme beaucoup de vignerons, je n'aime pas trop, par nature, les "organisations", "structures interpro" et autres "syndicats corporatistes". Mais elles sont utiles, nécessaires et, sur certains aspects, performantes. Par contre, "Sud de France" est une usine à gaz née de la volonté de feu M. Frêche pour asseoir encore un peu plus son clientélisme. Ce n'est pas le lieu d'en dresser le catalogue mais on ne me contestera pas qu'il ne s'agit pas d'élus, que les employés sont assimilables à des fonctionnaires par leur statut et leur fonction et qu'ils n'ont aucune légitimité à nous représenter. Le label "Sud de France" permet de distinguer certains des acteurs d'une niche de la flilère agro-alimentaire ou touristique et de leur allouer des crédits, aides et subventions de manière tout à fait arbitraire, selon la volonté du prince, une habitude très française et atavique. Ainsi, les aéroports de Carcassonne et de Perpignan sont-ils "Sud de France" ! C'est un peu comme "Oranges de Séville" ou "Cape Fruit". Bien sûr, il n'y a rien de mal à cela. Mais moi, je n'aime pas. En quoi "viande française" est-elle une garantie? Est-ce qu'on n'a pas vu de beaux "minerais" avariés chez les vendeurs de bidoche surgelée appartenant au milieu des anciens rugbymen chauriens? 

 

"Sud de France" vend-il du vin? En suis-je un "membre"? Bien sûr que non. De quel droit négocie-t-il une "convention" concernant mon vin (parmi plein d'autres) avec une entreprise privée? En vérité je vous le dis, le projet derrière tout ceci est, une fois encore, la disparition de la petite structure - avec ses qualités et ses défauts - au profit d'un magma standardisé, géré justement par ces "grosses machines". Bizarrement, les agences pachydermiques qui vendaient du thé dans le nord de l'Inde et à Sri Lanka, et encore plus en Chine ("du" Darjeeling, "du" Yunnan, "du" Ceylan) ont rétrocédé une part de plus en plus importante de leur marché aux "jardins". Le vin de France fait l'inverse. Laissez faire et vous aurez "du" Faugères et "du" Maury", le choix se limitant alors à la couleur et parfois entre sec ou doux. Ah oui, j'oubliais, ils auront, ou pas, obtenu une médaille de bronze à Mâcon ou à Paris. Miammm. 

 

Enfin, le fameux droit de bouchon. On m'a dit - et je suis forcé de le croire - que certains vignerons choisissent toujours leur propre vin lorsqu'ils vont faire un gueuleton chez un restaurateur. La mesquinerie de cette attitude ne le cède que de peu à son côté borné. Mais quand on emmène des CLIENTS en visite pour manger à une bonne table, il me paraît légitime de faire goûter sa production à cette occasion: c'est le but. Cette table, justement, serait restée vide si notre clientèle n'avait pas été là pour l'occuper. A cette occasion, je trouve normal de pouvoir emporter quelques crus à soi. En contrepartie, il est élégant de la part du vigneron de quand même choisir l'un ou l'autre flacon à la carte (et de le payer). Quand on apporte une bouteille ancienne, rare ou prestigieuse, il me paraît aussi "normal" de la partager avec le chef et le sommelier: ils sont souvent amateurs.

 

Fêtant l'anniversaire de ma mère - ce qui a lieu une fois l'an en moyenne ! - je l'avais emmenée (ainsi que mon frère) chez un restaurateur de qualité, client de mon distributeur, quelque part en Belgique. Elle n'y avait jamais mis les pieds avant cette occasion. Elle boit volontiers du Sancerre (blanc, le seul que je considère à titre personnel) et ce fut le cas cette fois aussi. Sur la pièce de résistance - de l'agneau - je lui avais fait découvrir en première mondiale, mon

"Roc Blanc" *, mis en bouteille quelques jours auparavant, avec la complicité informée de la cuisine. Il m'en a coûté ... 11 euros de droit de bouchon sur l'addition. Or, nous n'avions pas été regardants sur notre repas!

J'ai "pardonné" mais pas oublié.

[* NB: il s'agit sans doute du meilleur vin que j'aie jamais produit, issu à 100% d'un grenache et d'un carignan plantés en 1987 sur les hauteurs d'Estagel, pile en face de Força Real et dominant Montner].

 

En résumé: bonne initiative que d'institutionnaliser le "non-droit de bouchon" au cours d'un repas pro dans un restaurant. Dommage qu'il faille en arriver là. Dommage que ce soit un "paquebot institutionnel" qui s'en charge.

 

Et enfin, j'aurais un peu de honte à emmener manger des clients

dans un "buffet à volonté" à bon rapport qualité/prix !

Pourquoi pas une tournée de "jaune" au Perthus avec les Alchimistes ?

Que voulez-vous, je suis un snob de gauche, moi. 

 



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Commentaires : 1
  • #1

    Thysebaert Philippe (mercredi, 25 février 2015 15:20)

    T'as raison Léon... et ça fait du bien de te lire quand on ne te boit pas !