C'ETAIT AU TEMPS OU BRUXELLES ....

Léon, à gauche sur la photo
Léon, à gauche sur la photo

 

 

 

C'est "Kike"

qui m' a envoyé

ce beau cliché,

qui remonte à ...

avant sa naissance,

de peu sans doute ! 

 

 

 

 

 

 

La scène se passe dans le jardin d'un immeuble situé à l'avenue d'Auderghem, non loin des bâtiments du Berlaymont où un grand nombre de fonctionnaires européens passent un peu de temps à se faire soudoyer par les lobbyistes de tout bord, et beaucoup de temps à ne rien faire. Je pense que ces buildings n'existaient pas encore, même pas dans leur première version bourrée de fibres de crocidolite. 

 

Sur le banc, on reconnaît Marisol et mon frère Thierry, qui détournent la tête. Un petit peu derrière eux, j'ai eu du mal à retrouver avec certitude de qui il s'agit, mais mon frère et Kike m'y ont aidé: on reconnaît en fait "Tito Arturo", le frère de Maria, ainsi que des proches de la famille habitant à Paris. Les enfants jouaient souvent ensemble dans ce jardin, où on reconnaît difficilement le vieux lilas et le cognassier. Il y avait aussi fréquemment ne Sylvie, je crois, la fille de Juanita. C'est là aussi que nous avons tous, en parfaite innocence, commencé à "jouer au docteur". 

 

Au centre, la dame aux cheveux châtains coiffée comme Fabiola de Mora y Aragon, n'est autre que la mère de votre vigneron, devenue la "vioque" légendaire de ce blog. 

 

A sa gauche, portant le sac ... et je soupçonne portant Enrique aussi, en catimini, voilà Maria, la maman de Marisol. C'est elle qui faisait la cuisine pour toute la maisonnée. Cela nous a valu quelques expériences déconcertantes, comme les premières truites frites dans l'huile d'olive très chaude. Quand on n'en a pas l'habitude, cela décoiffe, et le nuage risque d'alerter les sapeurs-pompiers, qui étaient casernés deux rues plus loin. Mais cela nous a aussi valu des rencontres très savoureuses: la paella qu'elle préparait à la mode valencienne "enrichie", son pain perdu au vin rouge et à l'anis, exceptionnellement savoureux, et la possibilité de manger des tomates. Mon père n'en voulait pas et - Magister dixit car la tolérance n'était pas la valeur la mieux portée dans l'éthique familiale - donc tout le monde en était privé. Pour nous, la table andalouse de Maria en avait toujours à offrir, et l'ail et l'huile qui vont avec. Enfin, la Sangria coulait à flots, savoureuse, macérée plusieurs heures et additionnée d'un peu de bière (pour renforcer l'amertume de la cannelle) et de "Fundador" ... pour l'ébriété! On ne le savait pas forcément tous, mais c'était des instants de bonheur. 

 

Il reste le bel homme du dernier rang: Léo(nardo), le papa. Arrivé en France peu après la fin de la guerre d'Algérie comme ouvrier-tourneur, il s'est fait prendre souvent dans les ratonnades de la flicaille de de Gaulle, car on le croyait maghrébin. Grand et mince, le profil aquilin, la moustache soignée, il faisait penser à Omar Sharif jeune. Il avait beau protester de sa nationalité espagnole, keuf de cette époque ne faisait pas le distingo. 

 

De guerre las, il a préféré poursuivre son chemin vers le nord, avec sa femme et sa fille. Excellent technicien - je possède encore deux fraises à centrer qu'il m'avait offertes après m'avoir appris à m'en servir - il n'a eu aucun mal à se faire employer en Belgique et c'est ainsi que la famille Charlier et la famille Gutierrez ont fini par habiter sous les mêmes tuiles. C'est d'ailleurs faux car le toit était plat par endroits et recouvert de zinc.

 

Léo m'a appris tous les rudiments de mécanique que je possède. Il a aussi commencé mon éducation politique. Il avait fui plus la famine que le franquisme - l'Andalousie était archi-pauvre - et avait des opinions modérées. Ce n'était pas un révolutionnaire mais il était quand même plus engagé que les socialos officiels à la con d'aujourd'hui et possédait au plus haut point la conscience de classe, sans la haine qui l'accompagne. Comme je le suis à présent, il était avant tout un anti-capitaliste mais ne méprisait ni ne jalousait les riches "corrects". 

 

Nos seules dissensions apparurent quand le jeune coq de l'avenue d'Auderghem commença à visiter les poulaillers. Il avait des vues assez puritaines sur le sujet et ... possédait une fille jeune et jolie. 

 

Mes parents et ceux de Marisol et Kike ont eu des mots après mon départ de la maison et celui de mon frère. Je n'en ai jamais exploré les tenants et aboutissants et préfère laisser cette zone-là dans l'ombre. Je n'ai jamais retrouvé ni Maria ni Léo, qui sont décédés il y a quelques années. Heureusement, Marisol et son mari sont passés me voir ici peu de temps après mon installation. Ils avaient un projet immobilier à Port Grimaud, mené à bien je crois à présent. Quand à Kike, dix ans de moins de moi et que j'avais pris sous ma protection - beau gamin intelligent et sensible - nous avons renoué contact depuis peu.

 

Le frère et la soeur ont connus des ennuis de santé similaires,

inattendus et précoces, qui sont en voie de résolution.

Moi, je me débats pour faire prospérer la Coume Majou

dans un environnement de crise viticole.

J'espère que l'histoire commune écrira

une nouvelle page dans un avenir proche.

Je les embrasse affectueusement.


 

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Commentaires : 2
  • #1

    Thierry Charlier (samedi, 14 février 2015 22:52)

    Pour moi, le second homme adulte, c'est Tito Arthuro

  • #2

    enrique (dimanche, 15 février 2015 14:01)

    exact thierry, ventre et moustache célèbre de Arturo Casco, frère de Maria
    Il s'agit de la femme et de la fille unique de mon parrain Enrique Conde ,de Paris,où mes parents firent escale avant de venir à Bruxelles
    Merci pour l'hommage, tout le monde a toujours respecté ces zones d'ombres dans la famille...;-) à bientôt