PAOLO FRESU NOUS LA JOUE CHESNEY HENRY

 

J'ai la chance de fréquenter l'immense facteur d'instruments François Louis,

de manger avec lui quelquefois

- un viandard comme moi - 

et de savoir qu'il boit à l'occasion du vin de la Coume Majou.

 

 

C'est notre chèvrière préférée qui nous a présentés l'un à l'autre, il y a presque vingt ans. C'est en partie cela qui m'a rapproché des instruments à vent. En effet, les tentatives autoritaires de mes parents de m'ouvrir à la musique dite "classique" m'ont en fait orienté vers la Renaissance et la période baroque - qu'ils méprisaient un peu - et détourné des clarinettes et surtout des cuivres, sauf le cor de concert (à pistons). Bizarrement, hautbois, cor anglais et basson/contrebasson m'ont plu d'emblée.

 

Or donc, dans ma "deuxième vie", celle qui m'a vu quitter petit-à-petit les gens bien pour me rapprocher de la terre, c'est justement les saxos, trompettes et autres cuivres tonitruants qui m'ont capturé. De Coltrane à Lovano et de Hubbard à Marsalis, les perces coniques ou droites m'ont caressé les tympans.

 

Avant-hier soir, le disciple le plus marquant de Chet Baker "jouait" Perpignan. On a oublié le côté esthétique douteux de l'horreur conçue par Jean Nouvel - normal, il est architecte "moderne" - et ses accès peu pratiques et on a feint de ne pas remarquer comme on y est mal assis, car l'amplification est parfaite par contre. 

 

Paolo Fresu, le plus parisien des Sardes et le plus bolognais des Mezzogiornistes, nous a mis toute la sauce (drôle) avec son quartet préféré (Devil Quartet). Sa trompette - modulée par une sourdine très ferraillante - a ouvert le feu, mais c'est surtout le bugle, au son très chaud ce soir-là, qui nous a enchanté les oreilles. 

 

Pour les moins férus de jazz parmi vous, rappelons que trois types (au moins) de cuivres au son similaire mais toutefois distinct s'utilisent dans cette musique: le cornet (pas "à pistons"), la trompette et le bugle (le flugelhorn des Anglo-Saxons). Ils sont dérivés du clairon mais celui-ci ne possède pas de piston. 

 

Le cornet est en fait une "petite trompette" sauf que son conduit est conique, ce qui rend le son plus moelleux. Fresu n'en joue pas, en tout cas pas en public. Un de ses utilisateurs célèbres, par contre, était le père d'Eagle Eye Cherry et le beau-père de Neneh Cherry, Don Cherry, sideman d'Ornette Coleman. Par contre, Paolo le charmeur manie la trompette avec brio, et le bugle avec une mélancolie ou au contraire une vivacité impressionnantes. Il révère Chet Baker et s'en montre le digne successeur. En outre, le Sarde est un arrangeur et compositeur de très grand talent, alors que l'homme de Yale n'a que très peu écrit de musique, même s'il reste l'interprète inoubliable de celle des autres. Nous avons d'ailleurs eu droit à "Blame it on my youth" en entame du set, excusez le quartet du peu ! 

 

Parlons-en, de ce quartet. Il existe depuis dix ans et rassemble des "potes": Bebo Ferra à la guitare, le très musical batteur Stefano Bagnoli et Paolino Della Porta à la basse. Ils ont une écoute mutuelle fantastique et, bien entendu, se "trouvent" instinctivement à tous les coups. Nous avons passé une soirée exceptionnelle, qui restera sans doute comme le point d'orgue du festival Jazzèbre 2014.

 

Grazie mille, Signore Fresu, e ritorna presto ! 

 

 

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