LE TRIANGLE DE LA MER NOIRE

A Odessa, c'était le Potemkine
A Odessa, c'était le Potemkine

On peut construire

un triangle ayant

comme pointe la Crimée,

au nord,

et comme base une droite

qui rejoint la Bulgarie,

à l’ouest,

à la Géorgie, à l’est.

Il s’agit de trois états

producteurs de vin,

présentant  des similitudes.

 

 

Leur premier point commun est que nous, les occidentaux, connaissons mal leur production viticole. Pourtant, leurs crus furent célèbres jusque, grosso modo, la fin du XIXème siècle. Beaucoup d’entre eux étaient des vins doux.

 

Comme nous les connaissons peu, nous nourrissons des idées préconcues. Il faut dire que beaucoup de leurs défenseurs sont des nationaux, convaincus et fervents, dont le caractère partisan prête parfois à sourire. Mais un négociant bordelais ne possède pas plus d’objectivité. Les vins bulgares ont fait une tentative d’implantation dans les années ’90 et début 2000, mais avec des produits bas de gamme principalement et, surtout, extrêmement boisés, à un moment où cette particularité commençait à perdre la faveur des connaisseurs. Ils avaient « une barrique de retard ».

 

Un autre point commun est d’avoir subi pendant trois quarts de siècle l’influence du pouvoir soviétique, qui a complètement éliminé les vins de sommet de gamme : en interne, ils ne correspondaient pas au dogme, et à l’export, le choix s’était porté sur des vins à tout petit prix.

 

On va arrêter ici cette description superficielle manquant de compétence. Tout le pourtour des « mers intérieures », ainsi que les îles qui s’y trouvent, comporte un grand nombre de régions viticoles dont le monde antique raffolait et qui pourraient bien un jour reprendre une place sans doute méritée. Je reste, à titre personnel, convaincu que les vins les plus intéressants (car complexes) proviennent de raisins MÛRS.

 

L’internationaliste que je suis ne souhaite pas voir midi à sa porte et mon Sonnenuhr à moi se réjouit lorsqu’il remarque que l’ombre projetée sur la table par son gnomon indique des latitudes différentes de la mienne.

 

Ce sont les événements d’Ukraine qui m’évoquent ces pensées. Au-delà des vociférations pathétiques du pantin auto-satisfait dont la chemise blanche a quitté les terrasses de Saint-Germain-des-Prés pour aller faire le singe à Kiev, je me rends compte qu’on n’a aucune information utile sur ce qui se passe là-bas. La presse, formatée et sous le joug de la pensée unique occidentale, ne renvoie que l’image qu’on lui suggère, dans le seul but de maintenir en place tout ce que le plan Marshall nous a imposé depuis 60 ans. D’un autre côté, ce qu’on sait de l’ami Poutine ne soulève pas l’enthousiasme non plus. Je ne suis pas sûr que les débordements du meneur du Front de Gauche vaillent mieux que ceux du Gugusse que j’ai évoqué plus haut dans ce paragraphe.

 

Il est évident, pour rester dans le domaine du vin, que Gallo, Pernod-Ricard et autres n’ont aucun intérêt à ce que les nectars de Massandra – s’ils existent à nouveau – ou bien de Kakhétie viennent leur damner le pion. Moi, je trouve qu’un vigneron des bords de la Mer Noire a tout autant le droit de vivre que moi.

 

J’avoue que j’ai dégusté à Chypre, sur tout le territoire hellène, en Sicile, en Crète, en face de Pantelleria ... etc des vins qui m’ont beaucoup plu. Je suis convaincu qu’on peut faire le même constat partout où le raisin mûrit, pour peu que ceux qui élaborent le vin disposent du minimum d’équipement (càd une vaisselle vinaire propre et facile à entretenir, l’accès à l’électricité comme force motrice pour les pompes et à de l’eau propre en quantité suffisante, ainsi que d’un groupe de froid).

 

Ah, qu’il serait doux d’échanger

quelques cartons de Cuvée Jolo

contre autant de Commandaria,

de colis en provenance de Tbilissi

ou de Constantia !

 

 

 

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