sam.

18

janv.

2014

PETO, PETIS, PETERE, PETIVI, PETITUM

Pythagore de Samos, vu par Raphaël

 

 

 

Oh, je sais, ce n’est pas drôle.

Mais nous redécouvrons les légumineuses.

 

 

 

 

 

 

Mon goût a été façonné par ma grand-mère, qui m’a élevé jusqu’à l’adolescence. Elle était un réel cordon bleu, doublé d’une fainéante. Tout ce qui prenait beaucoup de temps à préparer, en dehors du mijotage des viandes, elle le passait à l’as. On mangeait ça « au restaurant ».

 

Par après, le vulgus ingurgité chez mes parents excluait quasiment tout hydrate de carbone, car les diététiciens des années ’70 n’avaient pas saisi leur importance. On ne mangeait pas de pommes de terre – même pas des frites – ni de fayots, ni de lentilles, pas de pâtes non plus (ou rarement) et seuls les petits pois trouvaient grâce à leurs yeux.

 

C’est vers l’âge de 18 ans, quand j’ai commencé à fristouiller pour moi, que mon estomac d’abord, mon pancréas ensuite, mon côlon surtout, ont dû se faire aux sucres non- ou difficilement absorbables, mais éminemment fermentescibles : prout !

 

Mes premières amours faviennes – je ne pense pas compter une seule Fabienne parmi mes conquêtes féminines passées – jetèrent leur dévolu sur le Tarbais, ou encore « coco », mojette, lingot, haricot blanc .... enfin, ces sortes de chose, par le truchement du cassoulet. Reconnaissant des émotions qu’il m’a offertes, et des parfums que j’ai aussi pu laisser aux autres, je lui garde une place privilégiée dans mon coeur. Ensuite, il y eut la feijoada à brasileira, mais la fève avait changé de couleur et le manioc l’avait rejointe. Puis, le cocido andaluz (aux pois chiches). Le petit salé aux lentilles attendit que je m’ouvrisse aux joies du Puy-en-Velay.

 

Je ne vais pas vous dresser la liste exhaustive de mes féculents. Ce qui m’amène à en parler aujourd’hui, c’est le papier de Vincent Pousson (voir ICI).

 

Un sujet me chagrine toutefois : l’inégalité des tubes digestifs. Tout d’abord, il y a tous ces pauvres types – les femmes, rarement homozygotes, sont le plus souvent épargnées – porteurs d’un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase. Vous n’en connaissez pas ? On estime pourtant à plusieurs centaines de mille leur nombre en France. Il y en a sans doute moins en Belgique, car l’affection épargne les pays du nord. Cette anomalie enzymatique peut provoquer des crises d’hémolyse sévère, classiquement déclenchées – on le sait depuis l’Antiquité gréco-romaine – par l’absorption de fèves, au point de surnommer l’affection « le favisme ». En effet, une production moindre de NAPDH, liée au déficit enzymatique, permet moins bien de lutter contre les stress oxydatifs. Et notre amie la fève contient plusieurs substances pouvant déclencher la crise. Le grand Pythagore de Samos lui même affirmait déjà : « Si tu ne veux pas oublier tout de l’hypothénuse, ne laisse pas les fèves contaminer ton anus ! ». Il n’existe pas de traitement de fond : donc, exit la fève.

 

Et puis - j’en suis - il y a tous ceux qui souffrent d’un ralentissement du transit intestinal, naturellement ou bien à cause de certaines médications. Pour nous, c’est l’effet « propulsion » des fèves qui se manifeste. Tout d’abord, les nombreux sucres qu’elles contiennent et qui ne peuvent pas être assimilés rapidement dans le grêle vont subir les attaques de la flore colique : eh pan, du gaz carbonique par-ci, eh paf, du méthane par-là. Et encore, je ne vous parle pas du scatoxyl. Enfin, rares sont les recettes qui ne contiennent pas d’oignon, ou d’ail, ou d’un peu de gruyère et de parmesan, tous grands fournisseurs de méthionine, cet acide aminé certes essentiel mais devenant rapidement pestilentiel. Les lentilles en contiennent d’ailleurs déjà par elles-même.

 

Donc, cette chronique souhaitant garder un haut niveau intellectuel, je plaide pour une alimentation riche en légumineuses vu leur excellente valeur nutritive et la qualité de leurs protéines, mais aussi pour un recadrage de nos moeurs, d’où mon titre. Je cherche avec force (peto) à vous faire reconsidérer sous une lumière moins chargée d’opprobre les émanations – bruyantes certes, malodorantes parfois, mais toujours sans malice - que nous cause ce nutriment.

 

Des fèves, des fèves, oui mais leurs prouts aussi !

 

 

 

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Commentaires: 1

  • #1

    Hervé Lalau (samedi, 18 janvier 2014 15:43)

    Et je m'en vais, au vent mauvais.
    Le gaz, certains le font in petto, toi, au moins, c'est recta, Luc.

    Jolie histoire d'école catholique:
    Un jeune vicaire félicite son Cardinal après un discours: "Quelle pétulance, votre Eminence". Et le Cardinal de répondre: "Qui vous a permis de me tutoyer?"

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