UN AUTRE SOMMET DANS NOTRE GAMME

Le Roc Blanc et les Corbières en toile de fond
Le Roc Blanc et les Corbières en toile de fond

 

 

Promontoire dit du "Roc Blanc"
Promontoire dit du "Roc Blanc"

 

Quand j’ai acheté mes vignes, José Valéro m’a proposé de reprendre un vacant communal planté en 1987 au-dessus d’Estagel, face à la butte de Força Real : le Roc Blanc.


 

Cette dénomination recouvre un terrain dont le sol appartient à la municipalité – qui le loue à ferme – mais où on est propriétaire du matériel végétal. Cela ne se vend pas et nous avons trouvé un arrangement à l’amiable pour qu’il me le cède.

Il savait ce qu’il faisait, le bougre !

La vigne était envahie de ronces et il y poussait même des chênes verts, les rendements sont ridiculement bas (manque d’eau chronique et terrain de schiste très pauvre) mais ... pas de maladie et qualité exceptionnelle du raisin. C’est sûr que ce genre de vigne correspond mieux à l’état d’esprit d’une cave particulière tournée vers la très haute qualité qu’à un apport de raisins destinés à entrer dans la composition d'une cuve de vin générique.

 

 

Schiste au Roc Blanc
Schiste au Roc Blanc

 

 


Dès le début (2005), nous avons créé un passage pour le tracteur de manière à pouvoir traiter un peu plus aisément et nous avons entrepris, patiemment, d’améliorer la couche arable (labourage soigneux, éclatement des blocs de schiste, apport de fumure organique).

 






Le sol, certes acide, reste dans des limites acceptables

(pH proche de 6).  Enfin, grâce à sa localisation et à l’absence totale de voisins, l’état sanitaire est toujours magnifique, permettant un usage très parcimonieux de tous les produits de traitement.

 

J’appelle cette parcelle « ma piste d’atterrissage », les photos montrent pourquoi. Il s’agit d’un hectare de carignan, en pleine tramontane (partie tournée vers les Fenouillèdes) et d’un hectare mixte grenache noir /lladoner pelut, légèrement mieux abrité, plus à l’est.

 

Bien souvent, la maturité du jus est atteinte à la mi-septembre

(15 vol % et plus), mais il faut attendre le début octobre pour que les peaux me plaisent lors de la dégustation des baies.

 

Jusqu’à présent, les deux cépages entraient dans l’assemblage de la

Cuvée Majou, lui conférant une partie de son côté « sauvage », complété par le fruité des grenaches de Maury.

Carignan à mi-véraison
Carignan à mi-véraison

 






En 2011, le carignan a atteint

un niveau inégalé

(et un degré alcoolique record).










J’en ai gardé une partie pour la Loute – c’est vous dire ! – et j’ai assemblé le reste à tout le grenache du lieu-dit, magnifiquement mûr.

Cela nous a donné 10 hl de la « Cuvée du Roc Blanc »,

que je rêvais d’élaborer depuis très longtemps.

Vous m’aurez compris :  2 ha de vigne pour 10 hl de vin fini

(plus environ 400 l de Loute). On tourne à 7 hl/ha !


Lors de la vinification, il fallait « mettre la pédale douce ».

 

J’ai espacé les vendanges d’une semaine environ entre le carignan et le grenache, les deux cuves ont macéré à froid pendant 48 heures et m’ont ensuite fait des fermentations alcooliques de rêve (pigeage au pied pendant trois jours), avec des vins faciles à décuver. La fermentation malo-lactique s’est enclenchée sans problème et était finie début décembre pour les deux cépages.

 

 

 

Pointe ouest, avec vue sur Quéribus
Pointe ouest, avec vue sur Quéribus

 

 

 



On a mis la Cuvée du Roc Blanc

en bouteilles le 3 avril 2012, sans aucun ajout de sulfite (SO2 libre = 0 gr/l)

ni aucune filtration, mais dans de belles bouteilles allongées pourvues d’un bouchon de verre (système Vinolok).

Nous avons dégusté un exemplaire quelques jours plus tard : il se présentait parfaitement bien, avec un nez très ouvert, sur le fruit noir très mûr (cassis, myrtille) et les senteurs de garrigue (thym, fumée, réglisse ...).




C’est réellement le côté « Estagel » de mon vignoble qui parle, très distinct de celui de Maury. On le retrouvait assez fort dans la Cuvée Majou 2005 également. Il faut dire qu’elle contenait en grande partie le jus de ce vignoble, car les raisins de Maury sont entrés perincipalement  dans la Cuvée Miquelet en 2005.

  

Je regoûte ce vin à intervalle régulier: il constitue mon sommet de gamme absolu depuis que la Cuvée du Casot a été sévèrement grêlée en juin 2010.


Nous avons progressivement proposé le Roc Blanc à la vente au domaine et parmi certains clients restaurateurs de Christine. Nous ne disposons en effet que d’un bon millier de cols environ.

 

Malheureusement, la sécheresse implacable, liée à l'arridité spontanée de cette parcelle, n'a pas permis de reproduire cette cuvée en 2012.


En 2013, la coulure du grenache a été implacable et en 2014 également, la quantité de raisin a été ridiculement faible et les baies étaient de très petite taille.

 

Je dois préciser que les rares voisins qui osaient encore maintenir un vignoble à cet endroit ont tous arraché leurs vignes, pensant à juste titre que les coûts de production y sont trop élevés. Je m'interroge moi-même quant à la conduite à tenir.