UN GRAND MALENTENDU

 

 

 

 

 

Michel Smith, grand carignaneux devant l'Eternel

- que Sa volonté soit sanctifiée -

m'a fait l'honneur de consacrer un tiers du billet dominical

dans le blog des "5 du vin"

à la cuvée de vieux carignan

de mon humble domaine viticole.

 

 

 

 

 

D'ordinaire, on file le lien et puis basta. Je vous file le lien itou mais ne peux résister au plaisir de copier ici les lignes qui se rapportent à la cuvée qui fête les 20 ans de sa marraine, en les ayant éditées un peu (cherchez bien, comme dans le jeu des 7 erreurs), sans aucune "triche" bien entendu. 


La dégustation n’étant pas à l’aveugle, je me réjouis par avance de venir à bout (facilement) du bouchon de verre qui coiffe ou décoiffe la haute bouteille de La Loute 2011, un Vin de France, enfanté sur les terres arides et sauvages des basses Fenouillèdes, là aussi à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, dans ce que l’on peut qualifier l’arrière-pays. L’échantillon a été conservé (debout, c’est l’avantage) moins longtemps que le 2010 précédent, mais à l’abri de la lumière dans une pièce non climatisée. On change de registre car on a visiblement un vrai grand millésime estampillé de surcroît Cuvée du Jubilé. Le nez fonctionne à plein régime sur le registre de la garrigue, avec amplitude et finesse. La bouche est majestueuse, qui s’affirme sans hésitation. Le vin donne envie de s’incliner, de se recueillir, de s’isoler. Gelée de petits fruits noirs et rouges parfaitement mûrs en bouche, notes de ciste, laurier, thym, fenouil, matière fondue, tendre, pleine de sève, langoureuse, laissant apparaître des touches fumées, pierreuses, grillées. Grande longueur avec une pointe de fraîcheur délicatement parfumée (pinède) faisant de la finale un moment de contemplation, de ravissement, de bonheur. Tel un magistral Porto, c’est presque un vin religieux à boire seul dans un fauteuil en fermant les yeux et les oreilles pour se focaliser sur la musique du vent et les bruits de la nature. Je sais, ça doit vous fait marrer cette image, mais je vous assure avec force que c’est réellement ce que je ressens. Ou alors, choisissez un autre fond sonore, je ne sais pas moi, Mahler, par exemple !

On peut difficilement faire mieux dans le registre du carignan ! Pour info, il affiche un degré de 14,5°, contre 12,5° pour le vin précédent et le même degré d’alcool pour le troisième. Une seule question subsiste : faut-il le boire ? Pour ma part, c’est oui, on peut commencer. Mais uniquement sur des mets choisis (gigot d’agneau, par exemple) pour leur grande qualité et surtout, sans se précipiter car le vin, dans une bonne cave, peut à mon avis encore tenir bien au delà de 2020. Et c’est sans hésiter que je l’ai classé dans ma tête comme « Champion du monde des carignans », toute catégorie !


Et voilà.

Question pour un ... champion:

- "Léon, qu'est-ce que tu en penses?"


Dans le département des P.O., il y a au moins 50 vignerons - peut-être plus - qui élaborent du bon vin. Partout, dans le milieu des amateurs de vin, on s'accorde pour trouver la production du Roussillon TRES bonne. Et le négoce achète nos meilleures appellations à 110 € l'hectolitre à la propriété! Je ne suis jamais arrivé à atteindre 18 hl par hectare de rendement moyen, pourtant. Jamais, en dix ans d'existence.


A titre de comparaison, les meilleurs rosés de Provence "partent" à

400 €/hl, sur certaines AOP, alors que le rendement autorisé par les décrets frôle les 45 hl/ha, voire plus. Cherchez l'erreur. Notez que je me réjouis pour mes amis des appellations, varoises notamment. Cela fait plus de 70 ans qu'ils travaillent à leur notoriété et il est justice qu'ils gagnent décemment leur vie.


A l'export, certains de mes clients ont acquis il y a quelques années la Loute pour moins de 10 € HT départ, en 75 cl. Et ils me disent que c'est un vin excellent mais ... que les restaurateurs ne passent pas facilement une deuxième commande après l'avoir mis en place sur leur carte.


A l'inverse, j'ai vu des exemplaires atteindre des sommes correctes sur table dans des restaurants de prestige de la moitié sud de la France, chez qui certains sommeliers compétents et enthousiastes, heureux de proposer ce joli vin, prennent la peine de le recommander.


Ce que j'en pense, c'est que le Roussillon du vin, ce n'est toujours pas à la mode, pas "sexy". Et ne me parlez pas des "bouteilles stars", qui existent bel et bien - et dont je me pourlèche les babines moi-même, tandis que je les goûte. Combien s'en vend-il réellement? Quelques milliers par an, pour tout le départment. Et il faut féliciter leurs auteurs, qui ont su les élaborer d'abord, les mettre en évidence ensuite. Ce n'est pas venu tout seul. Je ne nourris aucune jalousie: je les admire et leur dis merci. Il faudrait 15 feu le docteur Parcé, 15 Jean Gardiés, 15 Gérard Gauby, 15 Hervé Bizeul pour mettre nos vins sur orbite.

Ce n'est certainement pas "Sud de France" qui le fera ! 

 

Donc mon bon Michel, plutôt que de me voir décerner le titre - qui me va droit au coeur car il sort de la plume d'un vrai connaisseur, dépourvu de complaisance envers moi qui plus est - de champion du monde, même en catégorie "poids lourds", j'aimerais qu'on m'enseigne les rudiments de la vente. Quel auteur écossais écrivait encore: "To any noble Scotsman, the road to fortune starts on the highway to England" ? Pour tout néo-vigneron catalan, le chemin de la survie passe par les canaux de la notoriété et le don pour le commerce.


Je crois que je n'ai pas été programmé pour cela.

 

 

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