MENTALITE DE MALFRAS, PAS DE GÂTE-SAUCES

Un soi-disant restaurateur
Un soi-disant restaurateur

 

Je resterai suffisamment vague

pour que l'indélicat personnage

que je décris ne puisse

m'accuser de diffamation

- un sport en France - mais je lui taille

un complet bien ajusté dans sa région,

de vive voix, auprès de ses collègues.

 

 

L'histoire commence en 2013.

Christine a repéré une adresse relativement nouvellement installée, quelque part en bordure des Cévennes. Rendez-vous est pris lors d'une tournée dans la région, où nous comptons de nombreux clients dont certains deviennent progressivement des amis. Nous aimons beaucoup la mentalité de ces semi-montagnards, dans un coin qui vit essentiellement de l'élevage et du tourisme. Ils ont gardé la franchise des campagnards, et leur courage, mais se sont ouverts aux bons côtés de la communication moderne. Il y en a.

 

Le chef-propriétaire a créé un établissement mixte: snack-pizzeria-brasserie en semaine et plus gastro le week-end d'après les commentaires publiés. C'est aussi ce qu'il nous explique. Il est "païs" avec Christine et le courant passe bien. Nous lui livrons dans les deux semaines un carton de Rosé de Coume Majou, sans frais, pour amorcer la collaboration.

 

Quinze jours plus tard, nouvelle commande: le vin a plu à sa clientèle, et le bouchage Vinolok aussi. Cette fois, c'est une messagerie qui le livre, toujours sans frais de port. Ils sont élevés pour cette contrée reculée mais c'est notre manière de l'aider à soutenir notre production en cette phase initiale. Nous fabriquons aussi à sa demande des plaquettes promotionnelles plastifiées. Il prétend ne jamais les avoir reçues mais passe commande une troisième fois. Nous incorporons à nouveau des plaquettes, recommencées par Christine. 

 

Le premier carton est payé dans les délais - six rosés, pas une fortune! Nous ne verrons jamais l'argent des suivants et dix coups de téléphone de rappel se terminent tous - pour les 8 derniers - par un cornet raccroché au nez de Christine. Ensuite, après l'envoi de copies des factures - une méchante petite centaine d'euros TTC - un nouvel appel est mis en attente, microphone ouvert. Christine entend tout ce qui se passe en cuisine, mais jamais la voix ne reviendra: c'est de la provocation évidente.

 

Il y a un mois, sur le coup de 11 heures, notre route nous mène devant l'établissement. Le volet de la cuisine est mi-baissé mais la lumière brûle et un fumet agréable se dégage de la pièce, où on perçoit des bruits de bouillonnements. Jamais la porte ne s'ouvrira. Je ne pense pourtant pas que l'on s'absente au moment de la mise en place, laissant tout mijoter, alors qu'on est seul en cuisine. 

 

Avant-hier, bien décidés à voir le chef, nous arrêtons vers 11h15' et une serveuse (ou sa compagne ?) nous accueille. Comme nous demandons le patron, elle nous répond - après avoir été voir du côté des fourneaux où on perçoit une certaine activité - "qu'il a dû s'absenter car elle ne elle trouve pas" (sic). 

 

Je lui explique alors le but de notre visite, sans entrer dans les détails, et lui fait comprendre avec une ferme politesse qu'elle ne se débarassera pas de moi. Elle "téléphone" et nous dit qu'il vient de partir chez lui, plus loin dans le village, "car c'est le second qui assure le service aujourd'hui". Je suis convaincu qu'il n'y a PAS de second et l'organigramme officiel de la société ne le mentionne d'ailleurs pas.

 

J'émets alors à voix haute l'avis qu'elle a intérêt à le contacter, sous peine de ne pas faire un seul couvert ce midi-là: je me chargerai de souhaiter la bienvenue à la clientèle ! Et je m'assieds devant la porte d'entrée.

 

Deux minutes plus tard apparaît notre quidam, par la porte donnant à la cuisine et en veste de cuisinier, qui nous salue en s'excusant car "il allait partir conduire son fils à la clinique. Il habite en effet à l'étage (!) et sa collaboratrice a pu le prévenir."

NB: service à suivre ...

 

Je lui explique la raison de notre visite, et demande pourquoi il raccroche au nez de Christine. Je suis à ce moment-là un peu "remonté" et je pense que ma gestuelle l'exprime clairement. D'après lui, c'est le fax qui se déclenche à tort et à travers. Cela doit être pratique pour prendre les réservations ! En outre, en 2015, vous connaissez encore beaucoup d'établissement qui utilisent le fax, et sur la même ligne que leur téléphone, qui plus est? 

 

Il sort son (un?) carnet de chèques et tire sans sourciller un ordre du montant que Christine lui donne, de tête. Nous l'avons mis à l'encaissement hier (suspense). 

 

Je lui dis alors qu'il doit comprendre mon ton sec, car je pensais qu'il se moquait de nous. Il me répond: "Vous pensez, pour une si petite somme", avec énormément d'aplomb. 

 

Moi, ce que je pense, c'est que ce couple sont des escrocs. Leur petit ballet est orchestré, fait de mensonges, et ils doivent ainsi gruger - avec délectation car c'est une forme de maladie mentale - beaucoup de petits fournisseurs. L'éloignement de leur implantation - loin de la région d'origine - et les petites sommes en cause dissuadent les poursuites. Au bout du compte, à coup de quelques billets à chaque fois, on se fait ainsi aisément l'équivalent de quelques salaires par an. 

 

Renseignements pris auprès des collègues (dont le président de l'association des cuisiniers du département, un autre établissement de longue tradition situé à 30 km de là, et la femme d'un des chefs étoilés de la zone), le personnage est inconnu au bataillon: son nom n'évoque rien, on ne le voit jamais chez les fournisseurs et il ne participe à aucune réunion professionnelle ... Tout cela après trois ans au moins d'existence.

 

Au domaine, nous sommes très compréhensifs en termes de délais. Notre trésorerie personnelle est fragile aussi. Ceci nous rend bien sur vulnérables mais également ouverts aux soucis des autres. Mais là, l'indécence du procédé, la malhonnêteté des propos et le cynisme de l'attitude allaient trop loin. 

 

Nous verrons si le chèque est couvert.

 


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Commentaires : 2
  • #1

    Cad (dimanche, 26 avril 2015 21:39)

    Eh bien ça ne m'étonne pas vraiment, même si je n'ai pas identifié le personne dont tu causes, il est de notoriété publique que les restaurateurs paient leurs fournisseurs de vin "quand ils y pensent" car en effet "pour une aussi petite somme..." ils paient tard, mais finissent par envoyer leur chèque de règlement. Pour ma part je me suis toujours démerdée pour payer mes petits vignerons, qui en plus sont souvent des potes, mais aussi mes cavistes, quitte à leur demander en amont un règlement en 3 échéances quand la note est un peu lourde. Et je pense que l'essentiel de mes confrères procèdent ainsi.

    Pour ton affaire, c'est navrant, et bien entendu sauf à s'en aller physiquement chercher ce qui est dû il arrive souvent que la facture ne soit jamais payée.
    Ne dressons pas un portrait trop noir non plus, la majorité des restaurateurs paient ce qu'ils doivent sans qu'il soit nécessaire qu'il soit besoin d'avoir recours à la colère mais cette frange de la profession, de mauvaise foi et de petite moralité commerciale nuit à l'ensemble de la profession et à la trésorerie déjà fragile des petits vignerons consciencieux..

  • #2

    Luc Charlier (lundi, 27 avril 2015 11:19)

    D'accord avec toi sur tout. C'est pour cela que j'épingle ce cas-ci, car il fait honte à toute la profession. Il a érigé, avec sa comparse, cette attitude en système et, sorti des contradictions liées à ma réaction "inhabituelle", leur petit manège est bien huilé.