UNE BOUTEILLE RICHE EN SOUVENIRS 

Pochtron 1er s'est régalé, dommage pour 'ti bouchon
Pochtron 1er s'est régalé, dommage pour 'ti bouchon

 

 

 

 

 

 

Celle-ci nous a fait l'apéro

d'avant-hier, l'entrée d'hier

et encore un peti coup

pour moi tout seul ce midi.

Le tout avec un

léger bouchon ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut dire qu'il s'agit d'un bien joli flacon, dont j'ai pu suivre l'histoire depuis la "presque naissance". En effet, la famille Humbrecht a racheté cette parcelle, de très ancienne notoriété à Hunawihr, en 1987 seulement. Il s'agit ici de la 3ème vendange sur ce terroir particulier. Tout d'abord, c'est un clos sans mur d'enceinte. Personnellement, cela ne me dérange pas. Ensuite, la famille y cultive des cépages nobles alsaciens et ... du chardonnay. Ce dernier, qui rentre dans une cuvée de blanc, il m'a été donné de le déguster pur, de la barrique: à faire pâlir plus d'un vigneron de la Côte d'Or. C'est à cette occasion que Léonard m'avait expliqué comment "on" l'a chassé des abords d'un grand cru célèbre au nord de Beaune, alors en pleine vendange sur des raisins qui titraient à peine 11 degrés potentiels. Mais ceci est une autre histoire.

 

Et ce Windsbühl, qui a perdu l'Umlaut pour les Français, se singularise aussi par sa composition. Il repose, comme une bonne partie du village, sur un socle très calcaire, de ce calcaire "marin" qu'on rencontre aussi dans le Médoc (à Saint-Estèphe) par exemple, mais, et c'est plus surprenant, que j'ai rencontré de la même manière à Iphofen en Franconie. La mer la plus proche doit bien se trouver à plusieurs centaines de kilomètres, ici aussi. On y voit des tourelles, des petites coquilles d'huîtres, des fossiles d'animaux marins. De là l'appellation germanique de ces sédiments du Trias, le Muschelkalk ou calcaire coquillier. Cette roche-mère affleure par endroits sur le clos et l'épaisseur d'humus est de toute manière assez réduite. Ailleurs, et notamment sur le Rosacker, la glèbe est plus lourde, profonde, avec des marnes argileuses mélangées aux sédiments calcaires et aux cailloux. Feu mon setter était revenu crotté jusqu'au poitrail un jour après une averse ... et piqué par une guêpe ou un taon à l'extrême bout de son postérieur, ce qui ne lui avait guère plu! 

 

Notre bouteille, d'un excellent millésime, a gardé de son cépage le côté "fruits exotiques" sans la lourdeur à l'eau de rose de certaines pâtisseries du Maroc - qu'on retrouve ici dans les brioches, les bunyet(e)s ou les fouaces aveyronnaises - et a pris avec le temps une nuance de "poivre des îles" avec un rien d'amertume en finale. Son sucre résiduel, qui n'a évidemment pas disparu - comment l'aurait-il

fait? - s'est complètement fondu dans la structure. Dommage qu'un rien d'anisol

- je suis très maniaque sur ce point - oblitère partiellement notre jouissance. J'attends avec impatience que les bons domaines alsaciens suivent l'exemple de leurs collègues allemands et nous offrent à l'avenir des bouteilles encore plus aptes au vieillissement grâce au bouchage à vis. Même Egon Müller - pas un révolutionnaire ni un rebelle pourtant - a franchi le pas. 

 

Et mon anecdote qui tue. Elle concerne trois amis très chers ... et votre Léon. J'en reviens à ma période de servitude au service du grand capital: je veillais, avec application, conscience et dégoût cependant à la bonne marche du département médical du IVème Reich en Belgique: Bayer AG. Non; pas le club de foot de Leverkusen! Et eux m'avaient confié un break - on dit "kombi" - de grande taille, setter oblige, moyennant participation financière de ma part. 

 

Or, Michel, William et Xavier - ce sont leurs vrais noms - m'avaient accompagné pour une virée lointaine au vignoble. Dans ces cas-là, les "échantillons" reçus et les bouteilles achetées s'entassent pêle-mêle dans la partie arrière de la malle, sous le hayon, tantôt coincés dans des cartons, tantôt bloqués par nos haillons, le tout bien en vue. Au retour, nous avions décidé de prendre les chemins de traverse car la législation ne prévoyait pas encore une tolérance détaxée de 90 bt par véhicule et nous étions "bien chargés". Exit donc les grands axes et quatre "pas encore quadras" barbus (après 3 jours de WE sans les meufs à qui plaire) roulent gaillardement vers le sol national belge. Stop / arrêt sur image.

 

Au loin une silhouette isolée, en uniforme bleu sombre et casquette sur le crâne, s'empare de la chaussée et nous fait signe de s'arrêter. On n'entend plus à ce moment-là que le poum-poum-poum régulier et rapide de quatre coeurs angoissés.

Au lieu de faire le demi-tour rapide que tout bon petit dealer a appris à effectuer durant sa formation dans les cités, je décide courageusement d'affronter mon destin et abaisse la vitre.

 

- Lui (trembant, car nous sommes quatre et à la mine patibulaire):

  "Rien à déclarer?" après avoir embrassé d'un regard circulaire et incrédule le

   coupable contenu du coffre. 

- Moi (imperturbable, mais la flatulence à fleur de sphincter):

  "Non Monsieur, la tolérance!". 

 

Il nous a laissés partir sans aucun commentaire, craignant sans doute qu'un zèle malvenu ne rendît orphelins ses enfants et veuve sa femme. Durant les 10 km suivants, Michel, Xavier et William, ainsi que leur chauffeur, sont partis d'un rire spasmodique.

 

Je pense que ce Clos Windsbühl faisait partie de la cargaison.

 

A fucking good memory, that one ! 

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    xavier Van der Ghinst (samedi, 27 décembre 2014 14:22)

    faut dire qu'avec notre barbe de plusieurs jours, nous avions des mines pas tibulaires mais presque (merci Coluche) et que ce vieux doaunier a vu le reflet metalique brille dans l'ouverture de ta veste...