TOUT LE MONDE S'EN FOUT

Pochtron 1er et ses deux merlots
Pochtron 1er et ses deux merlots

 

 

 

 

 

 

De ce que je pense d'une part, et même de tout en général.

Je vais illustrer mon propos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les médecins urgentistes - ceux qui vous "accueillent" (hum) dans les services de soins urgents ("à la garde" en Belgique) - font grève aujourd'hui. Les raisons exactes sont peu claires. Cela n'a aucune espèce d'importance: pour moi, un urgentiste ne doit jamais faire grève. Point barre. Jamais. Même si le pouvoir tombe dans les mains du FN, ou de l'EI, ou du FMI. Jamais!

 

Une seule exception: si massivement les idées de José Bové trouvaient un soutien dans la population, alors, oui, on pourrait lever le pied un peu ... pour faire la fête!

 

Donc, disais-je, tout le monde se fout de tout. Voilà mon premier point établi.

 

Mon deuxième point n'est qu'une constatation: on se fout aussi (surtout ?) de ce que je dis ou pense. Cela ne m'empêchera pas de vous donner mon - humble - avis.

 

Il concerne deux excellentes bouteilles de vin, et de vin de Bordeaux. Si si, je vous le jure.

 

J'ai eu la chance, vers 1995 par là, de profiter d'un concours de circonstances pour pouvoir compter sur la présence à mes côtés du Dr. Nicolas lors d'un de mes séminaires au CERIA. Ce pneumologue gérait, avec son cousin, la bonne marche des affaires au Château La Conseillante. Il s'était déclaré étonné de notre connaissance, à nous les Belges, des particularités de son appellation et de mon expérience personnelle "sur le terrain". Dame, Pomerol présente un ensemble si divers - aucune unité à mes yeux - et en même temps un damier de petites propriétés dont la majorité possédaient encore un caractère "familial" à l'époque. Cela, et la qualité des vins, n'était pas pour me déplaire.

 

Je pense que la situation a bien changé depuis, mais, honnêtement, je n'en sais rien. Certains évoquent ce qui serait mon "isolement", ma "solitude". En fait, je suis tout simplement obligé d'accumuler les heures pour arriver à faire prospérer ma vigne, élaborer mon vin et tenter de faire vivre mon petit domaine sur le plan économique. Il reste peu de temps pour le reste.

 

Nous étions trois à table, dimanche soir: Christine, une basse-côte de Blonde d'Aquitaine et moi. Oui, une "basse-côte", cette très belle tranche de viande qui forme en fait la partie supérieure de l'épaule, au-dessus de la scapula du boeuf en arrière de l'encolure. On vous la pare en ôtant le ligament dorsal et en séparant paleron et jumeau si on confectionne un rôti. On peut aussi la découper en tranches, à travers tout, comme dans notre cas. Achetée à Marseillan, dans l'Hérault, où la viande coûte environ 30 % moins cher que dans notre département à qualité égale, elle nous a permis de la "bonifier" un peu avec des éclats de truffe dérobés au tubercule qui fera Noël. La truffe se combine généralement bien avec les Pomerol âgés, dans mon humble expérience. J'ai donc plongé à la cave (dont la partie privée se trouve en fait au premier étage) et en ai ramené une "bouteille oubliée" qui a fait le trajet Bruxelles-Corneilla avec moi, une quinzaine d'années après qu'elle eût rejoint mon cellier de Wemmel suite à son achat "en primeur" à l'époque, comme la majorité de mes vins du quartier sud-ouest de la France. Il s'agit d'un Ch. Eglise-Clinet de 1988. La propriété, de taille "normale" pour l'appellation, un petit 6 ha, se trouve sur le plateau de Pomerol lui-même, à faible distance du cimetière et de l'église. C'est assez argileux par-là. Elle est complantée de 60 % de merlot, 10 % de cabernant franc et d'un peu de CS. On ne dit pas ce vilain mot à table. "Les gens" tiennent ce vin en haute estime, moi aussi, même si les snobs ne le portent pas au pinacle. Le bouchon est venu en une seule fois, il était impeccable et le niveau dans la bouteille était normal. Le vin présentait une robe très foncée et des arômes vineux tirant vers le champignon des bois mais pas la vieille feuille moisie ni la fougère en décomposition, comme beaucoup de merlots trop avancés. Son point fort: de très jolis tannins souples en finale, sans aucune amertume. Un régal sur notre plat (petites pdt en chemise, crème fraîche et ciboulette en accompagnement). 

 

Vous voyez que Léon n'est pas sectaire. Rmq: sur le net, on vous "offre" ce genre de bouteilles pour une somme allant de 100 à 180 € quand même! Les milllésimes "courants" tournent autour des 80-100 €.

 

Il me sera plus difficile d'être objectif sur le vin suivant: Ch. Le Bon Pasteur, millésime 1986. Son propriétaire (jusqu'en 2013) et vinificateur (encore toujours si je suis bien renseigné) est un des "flying-winemakers" les plus en vue et appartient donc à la jet set au sens strict. Outre le fait que je ne comprends pas pourquoi certains vignerons ne décident pas de leur assemblage eux-même, le côté bling-bling de ce monde m'écoeure. Moi, il ne faudrait pas que quelqu'un vienne me dire de faire ceci ou ça pour composer mes cuvées, même si j'écoute les remarques et en tiens compte. Ce domaine, très fragmenté, comporte surtout des parcelles sur le quartier appelé Maillet, au sud du ruisseau de la Barbanne et du côté de la route qui file à Montagne. Ce sont des sols assez légers, avec plus de sable et du calcaire. Le domaine compte une grosse majorité de merlot (90 %) et un peu de cabernet franc. L'oenologue était, surtout à l'époque, un fanatique du boisage de chez boisé et je pense que ce vin a dû voir 100 % de barriques neuves. Tout cela étant dit, et malgré un bouchon merdique (non occlusif, vermoulu et impossible à enlever en une fois) , le vin a gardé une jolie robe acajou foncé et des arômes très ... Pomerol - je me comprends. Ici aussi, la finale sur des tannins très assouplis fait merveille. Christine - qui n'avait "pas trop faim" - a eu droit à une omelette bien baveuse avec des tous petits dés de jambon sec (made in Laguiole) et de la ciboulette hachée finement. Moi, j'ai achevé la Blonde mais flambée à l'Armagnac et avec des échalottes légèrement rissolées, cette fois. Pas de garniture.

 

Nous avons terminé la bouteille  avec le "talon" d'un Brillat Savarin dont le corps a vu la truffe hier, en prévision du réveillon. Un rien d'huile d'olive vive, du mascarpone pour y insérer des fines herbes et une fine couche de paprika doux par au-dessus. 

 

Parfait.


 

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