LA SUITE POUR LIMONCELLO DE BACH(ES) 


 

Ceux-ci dépassent d'un muret dans la rue principale

qui descend de la gare vers la place du marché à Collioure. Mais peut-être le plan provient-il à l'origine

d'Eus ou de Marquixanes ? 

 

 

 

Ma mère, en route vers ses 85 ans, a passé près de trois semaines avec nous, délaissant pour un temps ses fonctions d'aide-soignante bénévole. J'ai relaté sur ces pages (écrans) nos faits et gestes, et surtout le poids de nos coudes sur les nappes de restaurant. 

 

A ses moments perdus, elle élabore du limoncello - qu'elle préfère dans sa version sucrée ++++ - avec de l'alcool de pharmacien (ou de mutage si disponibilité) et du citron de Menton. Quand elle aperçoit quelque part une petite boule jaune, sa maladie de Bouveret (= tachycardie supraventriculaire paroxystique) se réactive et elle commence à tirer sur sa laisse. Tous les apothicaires, et tous les producteurs de vin doux, connaissent le petit cri de la Dehaze en chasse: "Ah bon !?!", proféré avec un étonnement feint. C'est son équivalent du "Oh, really?" des Anglo-saxons. 

 

Au cours de nos agapes répétées (triglycéridémie à 1200 mg/100 ml lors de mon dernier prélèvement), nous avons croisé les agrumes de chez Michel Bachès à de nombreuses reprises, en Ardèche, dans le Lubéron, au Pont Joffre, sur la Côte Vermeille ... que sais-je encore. L'an dernier, nous avions rendu visite à son exploitation. 

 

Depuis lors, il ne se passe jamais un mois sans que sa compagne et lui ne figurent dans les journaux locaux: l'exploitation cherche un repreneur, sans succès. Pourtant, il livre - via Rungis - un grand nombre de tables étoilées en Europe et en France, bien au-delà des limites du Conflent et de la sphère d'influence du zombie du regretté Boris Vian.

 

Oui mais voilà, son activité appartient à la catégorie des Arbeit-intensiv, se prête difficilement à la mécanisation et demande une présence de tous les instants. Quant à la marge - je ne me suis pas penché sur le compte de résultats - je suppose qu'elle est celle de tous les agriculteurs: pas à la hauteur du Cac 40, ni même du Cac 0,40 je suppose! 

 

Pauvrette de nous, que deviendra le monde quand seule subsistera l'industrie agro-alimentaire? Il paraît que la pomme serait le fruit le plus apprécié des Français. j'en raffole également. Hélas, la quête de "vraies" pommes se fait vaine, même dans un coin producteur comme le nôtre. Je n'aime pas les dérivés de la "Golden" dite delicious. Il me faut des cousines des reinettes, des Cox ..., de toutes ces pommes aplaties et non sphériques, au jus sucré mais également acidulé, à la chair ferme sans côté farineux, à la peau amère et ferme, qu'on n'épluche pas, bien entendu. 

 

Je lance un cri: "Il faut racheter les cédrats Bachès". 

 

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Thierry Charlier (jeudi, 18 décembre 2014 18:28)

    Quel dommage. Lors de ton dernier passage début Novembre, il me restait une caisse de "court-pendue", cueillies en septembre.
    Elles sont aujourd'hui ratatinées à la perfection et d'un parfum inimitable ! Je les dégusterai en pensant à toi !