VILLENEUVETTE : UNE DES FACES DU COLBERTISME

Une ambiance de béguinage
Une ambiance de béguinage

 

 

Quelques kilomètres

avant Mourèze

et son cirque sauvage,

un aspect inattendu

de la civilisation industrielle

s'offre aux visiteurs: Villeneuvette.

 

 

 

C'est Monsieur Colbert, successeur de Mazarin sur le souhait de celui-ci et d'autant plus influent qu'il arriva à évincer Fouquet, qui développa la bourgade. A l'image de ce que Barthélémy de Laffemas avait fait faire à Henri IV, il voulait asseoir la suprématie de la France en la dotant d'un pouvoir riche grâce à un interventionnisme économique important, notamment dans les colonies mais aussi en métropole, avec l'accent mis sur la fabrication des textiles.

 

Le village de Villeneuve-lez-Clermont, comme on l'appelait, devint Villeneuvette dès lors que des habitations somme toute fort coquettes virent le jour pour loger les ouvriers du textile, dans ce que la langue occitane appelait "La Fatura", l'usine. Et le tout de devenir "manufacture royale", dont le porche d'entrée arbore fièrement sur son frontispice: "Honneur au Travail". Celui-ci était ... fermé à la tombée du jour. Arbeit macht frei, sans doute, mais il y a des limites quand même.

 

Un réseau hydraulique alimenté par la Dourbie, encore en partie visible, fournissait la force motrice et constituait l'atout majeur de la ville. D'ailleurs, il fallut le développement de l'électricité dans les années '50 (sic) pour que l'activité drapière périclite, comme ailleurs dans le Languedoc. En outre, les débouchés maritimes via Sète ou encore Marseille permettaient d'écouler la production. 

 

L'histoire des débuts de La Fatura n'est pas banale. Un drapier clermontais, Pierre Baille, avait créé là une ancienne usine. On obtint une lettre patente du roi et la "Ville Nouvelle" fut développée, avec l'aide des différents métiers: fileuses, cardeuses et tisserands bien sûr, mais aussi menuisiers, charretiers, boulangers et médecins. Il fallait bien faire vivre tout ce petit monde ... ou l'aider à mourir. 

 

Elle posédait une rivale à Saptes, créée peu avant par le trésorier des états du Languedoc, Pennautier. On dit d'ailleurs que celui-ci avait comploté contre Colbert. 

 

Une "Compagnie du Levant" fut érigée pour exporter la production des 2 entités vers la Turquie, l'Egypte et l'Asie Mineure,  mais les résultats en furent modestes. Il faut dire que la Guerre de la Ligue d'Augsbourg compliquait les choses.

 

Les deux manufactures changèrent de mains plusieurs fois entre 1699 et 1720, avant de tomber dans celles d'un drapier de Carcassonne, dans la famille d'Auriac. Les hasards de l'histoire veulent que le Domaine d'Auriac (Relais & Châteaux, étoilé Michelin, golf 18 trous) soit à présent un bon client de Christine. J'en profite pour saluer son sympathique sommelier, M. Franck Saquinis. 

 

A partir de cette époque, et malgré les difficultés de l'empire ottoman, un client important, à la fin du 18ème siècle, la production fut florissante. Elle le restera jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. En 1793, Villeneuvette rejoint les possessions de la famille Maistre et sera un des fleurons du patronat industriel languedocien durant les 19ème et 20ème siècles. 

 

Depuis les Lumières jusqu'à la révolution industrielle, et enfin durant la seconde moitié du 20ème siècle, Villeneuvette suivit l'évolution des techniques et des mentalités. Ensuite, les grands industriels du drap, et les nouvelles fibres, sonnèrent le glas de la prospérité des petites cités languedociennes.

 

 

Actuellement, les magnifiques bâtiments en bon état,

et d'autres qu'on restaure activement, servent d'habitation

à des particuliers et à des artistes, ainsi qu'à des éditeurs.

Il y a de très jolies réalisations et les lauriers roses omniprésents

confèrent un cachet unique à l'endroit. 

 

 

 

 

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