EN SURSIS

"Peut-être la meilleure cuvée que j'ai jamais goûtée de l'ami Charlier - complexe, charnue, épicée, très aboutie, des tannins superbes, du caractère et aussi beaucoup de fruit"  

dixit Hervé Lalau, Compagnon du Gruyère Suisse et Chevalier dans l'Ordre du Mérite Agricole français.

 

 

L'état français, pour une fois, est bonne fille. Que cet enfant de Jules Ferry, bachelier (et bien plus), maniât la langue anglaise avec beaucoup d'aisance, passe encore. Mais qu'il puisse impunément défendre un "comté" - car dans l'esprit, c'en est un, comme le Beaufort ou l'Abondance - qui ne serait pas né dans l'Hexagone, quelle honte! 

 

Et bien, il commet le même crime de lèse-fatuité en plébiscitant pour l'été, non pas un jus de la Gironde, pas même le tintement aigrelet d'une cloche sonnant l'heure de célébrer par la prière le mystère de l'incarnation, non pas le produit du champ de Bertin si cher à Bonaparte, mais des vins du sud. Horreur, ces breuvages qui doivent tout au soleil et si peu à la betterave, aux traficotages en cave, aux magouilles de couloir et de plateforme des messageries. Il y en a même un, tout là-bas près de la Cité des Papes, qu'on a osé appeler "le sang du peuple", de manière abusive et éculée, je l'avoue. 

 

Bon assez de persiflage, revenons-en à ce "casot". Il est un peu ma fierté, et il participe aussi de mes angoisses.

 

En 2005, cette vigne fut vendangée tard, très tard, et elle contenait sa part de raisins passerillés. Résultat : un vin dense, charnu, goudronné et qui a gardé 4 petits grammes de sucre résiduel. Le Guide Hachette (édition 2008) lui a décerné trois étoiles et concluait: "... le coup de coeur n'est pas loin". Il n'est toujours pas venu.

 

En 2009, année de sécheresse extrême, j'ai pu vendanger cete belle vigne de Saint-Paul-de-Fenouillet à temps. En outre, le vieux carignan d'Estagel qui me donne d'ordinaire La Loute n'a livré que 300 litres de jus, mais d'une qualité ahurissante. J'ai assemblé les deux et voilà le résultat.

 

Je crois que c'est le vin le plus délicat, et en même temps le plus complexe, produit au domaine au cours de mes cinq premières années. Il n'a pas encore réellement été mis en vente, même si certains amis en ont quelques caisses, après l'avoir goûté avec moi. L'exception notable est une fois encore ce grand connaisseur qu'est Saburo Inada : il en a fait rentrer un peu au printemps pour la cave du restaurant, mais je pense qu'il va le laisser dormir quelque temps. Demandez-en lui car c'est vraiment le style de vin qui s'accorde avec sa cuisine faite de saveurs mais aussi d'équilibre.

 

Malheureusement, cette pente très ardue ne se prête absolument pas à la mécanisation et la vigne a vu, depuis 1982 et avant mon arrivée, très peu d'eau de pluie et pas mal de désherbant, au point qu'aucune herbe ne pousse à sa partie déclive et que les fruitiers (abricotiers et amandiers) que j'y avais encore connus ont fini par crever de déshydratation. En 2010, elle a été sévèrement grêlée et ne m'a toujours pas donné de raisins* en quantité significative depuis lors ! 

 

Merci Hervé, pour ton avis appréciateur.

La bonne nouvelle c'est qu'il en reste environ 1500 cols, de ce 2009.

 


* Vous aurez compris qu'il n'y a pas de Cuvée du Casot entre 2010 et 2014.

 

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Domb (mercredi, 09 juillet 2014 12:09)

    Chers amis,
    S'il vous en reste, j'aimerais bien 12 bouteilles de ce Casot.
    Bien à vous,
    André