DON QUIXOTE, VOLUME DEUX

Un dernier "reu-reu" avant de baisser le rideau
Un dernier "reu-reu" avant de baisser le rideau

 

 

 

 

 

 

 

 

Alonso Quijano

(alias Jimmy Nicaud)

a enfin rassasié

Sancho Panza

(devinez qui).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant 30 ans, le très sympathique Gilbert Gris et son ex-apothicaire d’épouse, Thérèse, à l’accueil spontané et efficace, ont fait le bonheur des gastronomes de la côte catalane. Leur carte des vins était exemplaire et l’idée maîtresse du chef, des « trilogies », trouvait là un juste partenaire. Pourtant, la salle de restaurant parfois un peu terne – elle a été repensée il y a 3-4 ans - et sa localisation très en retrait du front de mer, n’attiraient pas automatiquement le monde des vacanciers ces dernières années. En période de crise où les cartes sur la promenade en bordure de  plage - prix souvent bradés et fournitures presque toujours congelées - sont légion, le petit surcoût pour faire un vrai bon repas retient parfois le dîneur.

 

Depuis quelques années, les époux Gris cherchaient un repreneur. C’était un pari risqué, car la localisation d’un restaurant est devenue primordiale pour son succès, à court terme en tout cas. C’est le fameux : « Location, location, location », dont l’inventeur restera à jamais inconnu. Et la solution est venue non pas d’une rupture, mais bien de la continuité. Le second de cuisine de Gilbert Gris, pâtissier de formation comme pas mal de bons chefs, mais qui vient de passer plus de deux années à ses côtés au piano, a repris l’établissement avec sa femme Sandra.

 

Je ne sais pourquoi Le Don Quichotte fut choisi comme enseigne au départ. Mais ce symbole me convient. Il est clair que ce roman – en est-ce vraiment un ? – met en scène, au-delà du côté burlesque du pauvre chevalier errant et du côté éminement moral du redresseur de torts, la dualité du personnage. C’est Saramago qui éclaire très bien cet aspect, disant que ce n’est pas Don Quixote qui meurt à la fin, mais bien le pauvre Quijano. L’idéal survit, lui.

 

Ici, c’est pareil. Une gastronomie à laquelle je suis attaché risquait de déserter Canet après la retraite de M. Gris, laissant la fast-bouffe au pouvoir, face à la mer : celle des plantxa toutes grasses, de l’aioli en pot de 10 litres, des tomates tranchées depuis 3 jours, des frites surgelées et de Givaudan™, Royco™ et Nestlé™ aux commandes. Vous verrez plus bas que l’espoir renaît.

 

Et ma petite anecdote qui tue : la première fois que je franchis, sans réservation, la porte de cet établissement – la devanture ressemblait alors un peu à une superette faisant saillie sur le trottoir – le maître d’hôtel de l’époque examina mes mains ... couvertes de polyphénols incrustés dans la peau, devenue pourpre violacé. Nous venions de décuver je crois. Ce devait être à l’automne 2007 (ou même l’année d’avant). Alors que j’expliquais le comment du pourquoi, car mon interlocuteur me croyait mécanicien automobile et me pardonnait à ce titre, le chef était sorti de la cuisine et m’avait déclaré : « Ah, c’est vous le vigneron belge qui fait des vins très fruités et sans barrique ! ». Cette description de la réputation qui me précédait m’a emballé et nous avons sympathisé d’emblée, d’autant que nous fîmes ce soir-là un très bon repas.

 

Avant la reprise, la maison vivait un peu sur le fond de cave existant, bien garni en plus. C’est tout à fait normal. Ce n’est donc que récemment que Christine a sollicité une nouvelle dégustation, nous ne voulions pas « agresser » d’emblée les jeunes nouveaux exploitants. Et Sandra, car c’est elle qui suit la cave en priorité, a apprécié notre gamme, refournissant même un peu sa cave. Je vous signale qu’il leur reste encore quelques bouteilles de notre vieux carignan, La Loute, dans le millésime 2008. Il est parfait à boire – pas sur un filet de sole au jus court ! - mais moi je n’en ai plus au domaine.

 

La carte « nouveau style » reprend les trilogies d’antan et propose également un « menu à la carte » appelé Entre Deux, où vous composez vous-même votre repas. La patronne est là pour vous accompagner, ainsi que dans sa carte des vins. Vous savez que nous n’avons pas l’habitude sur ce blog de nous prendre pour Brillat-Savarin, Escoffier ou Curnonsky et faisons peu de descriptions. Mais quand même : Christine et moi nous sommes échangés à mi-chemin un dos de cabillaud cuit vapeur avec son lit de radis noirs en mousseline et un pavé de loup sauvage à l’unilatérale (peau par-fai-te) avec émulsion de yuzu, les agrumes provenant de chez Bachès comme il se doit. Les deux plats étaient totalement différents, et impeccables. En bon fils de Coxydoise que je suis, le cabillaud me comble par sa texture ferme, ses « écailles » qui viennent une à une et ce « je ne sais quoi » d’Atlantique qui lui est propre. Mais le loup offre une chair plus fine, sensuelle. Voilà, stop : on mange et on se tait.

 

Un avant-dernier petit mot sur les desserts, à l’insu de mon diabétologue : on sent immédiatement la maîtrise et les accords, plutôt sur l’acide que sur une sucrosité excessive, me conviennent totalement.

 

Le dernier petit mot s’adresse à l’équipe : (i) le papa, affairé en cuisine à la veille d’un événement gastronomique important qui va occuper Perpignan ce week-end et que nous n’avons pas voulu déranger, (ii) la maman en salle qui nous a consacré beaucoup de temps, (iii) le bambino, âge de neuf mois mais très déluré, qui a fait son apparition à la fin du service avec la complicité enthousiaste des derniers clients. Merci de votre accueil : je suis enchanté de vous avoir rencontrés et encore plus heureux du style que vous imprimez à votre entreprise.

 

Bonne chance dans l’écriture du

deuxième volume du Don Quichotte !

 

 

 

PS : une partie de la vaisselle de table est réalisée dans la famille, par les artistes

       Maryline et Juan Verdy, potiers à Tautavel. Ils utilisent des techniques de

       craquelé très fines et laissent une certaine « indépendance » aux pigments

       qu’ils manient, ajoutant un rien « d’alternatif » aux teintes obtenues.

 

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