LES NEUF JETS

 

 

 

 

« Venite Ceretens,

leo factus es gallus. »

 

 

 

 

 

 

C’est dans ce latin de cuisine que les hommes de main du Roi Soleil célèbrent la signature du Traité des Pyrénées et retournent le lion de la Fonts dels nou Raigs pour diriger à présent sa croupe vers l’Aragon. 

 

Le monument fut érigé en 1313 et modifié après l’union des deux royaumes (Castille et Aragon) en 1479, date à laquelle un lion tourné vers le côté espagnol fait son apparition. Il a subi quelques changements (positionnement, taille de la vasque ...) au cours des siècles et, après que la fontaine fût dégradée lors de la « Feria » de 2011 (aficionados de la tauromachie, imbéciles, tarés imbibés, tous des synonymes), sa restauration a remis le lion dans son sens d’origine. Le gallus stupidus avait peut-être cessé ses incongruités.

 

Cette place me plaît, et aussi l’odeur d’ail frit qui y flotte dès 11 heures. Les petites auberges qui la bordent commencent à disposer leurs terrasses et la haute cuisine qu’elles dispensent ne cache pas ses accents. Le soleil vient taquiner les façades et on comprend que plus d’un peintre s’est laissé charmer par sa douceur, surtout quand les platanes portent leurs feuilles. Pour moi cependant, Céret évoque immanquablement Chaïm Soutine, alors que l’homme de Minsk ne peut pas passer pour un parangon de douceur.

 

Hier, le soleil n’inondait pas le marbre, les neufs crachoirs

n’avaient aucun mal à rafraîchir l’atmosphère

et les branches étaient encore glabres.

C’est le pouvoir seul de l’imagination qui fournissait la couleur.

 

 

 

 

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