POUR LE PLAISIR DES UNS

 

 

 

Un vent marin

soufflait sur la marina

de Saint-Cyprien,

qui a forci

peu avant le crépuscule.

 

 

 

 

 

Ayant des livraisons à faire sur la Côte Vermeille, puis au centre de Perpignan par la suite, nous en avons profité pour aller flâner une grosse heure sur les appontements et même à l’extrémité du môle qui protège l’entrée du port, pour voir rentrer les plaisanciers. Un magnifique bâtiment faisait route à bon train vers Canet ou la côte audoise, profitant de ce vent très portant, sous spinnaker rouge et blanc qu’il a abattu au large de notre point d’observation en le déventant habilement, ralentissant immédiatement l’allure de manière spectaculaire. Là, moi qui ne connais rien à cette discipline si chère à mon frère, j’ai pris un grand plaisir à observer de très loin la manoeuvre.

 

Plus près de nous, des cabiniers d’une grosse cinquantaine de pieds, ou peut-être un rien plus, rentraient la toile à quelques encablures de l’entrée du chenal, décrivaient un large arc de cercle – to give a wide berth, disent les Anglo-Saxons – et se présentaient bien droit pour rentrer un à un au moteur, puff-puff-puff.

 

Mais c’est le long des anneaux que nous sommes restés le plus longtemps. Certes, quelques fils électriques reliaient les bornes d’alimentation à certains carrés, mais la plupart des bateaux étaient vides, abandonnés, bâchés pour un hivernage prolongé. Quel gâchis, ce bâchage. Je deviens mélancolique chaque fois que ce spectacle s’offre à moi, d’autant qu’il conditionne également l’urbanisme alentour : une proportion au moins identique des logements est désespérément vide, alors que le département manque cruellement de biens en location.

 

Oh, on ne va pas refaire le monde et je ne ressens aucune jalousie envers ceux qui peuvent entretenir (ou pas d’ailleurs) un appartement qui ne sera occupé que quelques semaines dans l’année et posséder un joujou nautique dont ils ne se serviront quasiment jamais, à supposer qu’ils aient les compétences techniques, la sagesse et l’expérience pour le lancer sur les flots. Que du contraire : ceux qui en profitent et qui pratiquent leur passion à fond, je les respecte entièrement. Bien plus, ils font vivre toute une industrie et sans doute quelques équipages aussi, de même que le personnel de la capitainerie et les ateliers de réparation. Toutefois, les frais inhérents à ces infrastructures sont-ils supportés entièrement par les usagers ou bien – c’est ce que je crains – par la masse des contribuables locaux ?

 

In fine, ne boudons pas notre plaisir :

l’habillage tout en bois du pont et

l’accastillage de mon illustration sont de toute beauté.

En outre, j’aime le safran et

ne dédaigne pas de vider une quille,

dans son sillage.

 

 

 

 

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