LE POINT SUR LE ROC BLANC

Vigne au 27 juillet 2011, deux mois avant la vendange
Vigne au 27 juillet 2011, deux mois avant la vendange

 

 

 

J’ai reçu hier

la visite de

marchands de vins

de la région

louvaniste.

 

 

 

 

Ce fut l’occasion d’une sortie vers la Coume Majou – avec dégustation in situ du rosé 2013, provenant pour sa majeure partie de la syrah qui s’y trouve – et aussi vers la parcelle dite du Roc Blanc, sur les hauteurs d’Estagel, en face des coteaux de vieux grenache en pente que Depardieu et son acolyte Magrez ont exploitées et puis détruites sur la commune de Montner il y a quelques années.

 

Rentrés chez nous, la dégustation – articulée tout au long d’un repas approprié – nous a permis de mettre en avant la Cuvée Majou 2007, au fruit toujours aussi exubérant après 7 années de garde grâce au bouchage à vis mais dont les tannins s’assagissent un peu, suite au passage du temps. Mais la vedette du repas fut la cuvée du Roc Blanc 2011, qui accompagnait une petite côte d’agneau simplement grillée, agrémenté d’une pointe d’ail rissolé, de haricots verts (« princesbonen » chez nous) et de petites rates bretonnes cuites à la vapeur.

 

Il s’agit, je vous le rappelle, de l’assemblage du grenache (complanté de lladoner pelut) de la parcelle « le Roc blanc » et d’une bonne partie de son carignan, le reste filant dans la Loute. Je les ai vendangés à quelques jours d’intervalle, fin septembre 2011, vinifiés à part puis assemblés une fois la fermentation malo-lactique terminée. Rien n’a été collé ni filtré et je n’ai pas sulfité du tout – sauf à l’encuvage. Mise en bouteille avec des bouchons en verre dès le mois d’avril 2012.

 

Pour l’instant, mon ami Denis, l’homme de l’île d’Yeu, d’Epinay-sur-Orge et des lazers de haute compétition, pense que ses bouteilles se referment un peu, là-haut dans le « neuf-un ». Je voulais en avoir le coeur net. En effet, je suis peu convaincu des changements observés d’un endroit à un autre, mais au même moment, sur des vins jeunes conservés dans de bonnes conditions, sauf quand ils sont bouchés par du liège et que celui-ci a pu évoluer différemment dans l’humidité d’une cave de l’Essonne par rapport à un cellier catalan surchauffé. Or, ici il s’agit d’un bouchon Vinolok. De même, il n’existe PAS de jour « fruit » et de jour « feuille » sauf dans l’imagination psychotique de sectaires déviants, adeptes des ésotérismes viticoles moyenâgeux qui refont surface parmi les branchouillards du 21ème siècle. Denis est quelqu’un de rationnel dans la vie « normale », un bon dégustateur en plus, mais il se laisse parfois aller à un romantisme organoleptique quand son esprit énolisé s’enflamme et je craignais que ce n’ait été le cas cette fois.

 

Hzureusement, après ma dégustation, je suis à la fois rassuré et en phase avec ce qu’il dit. Le côté extrêmemment lactique et fermentaire, presque crémeux, qu’on pouvait percevoir durant les quelque mois qui ont suivi la mise s’est effectivement un rien assagi. Le nez est un peu fermé (deux ans presque après la mise) mais se révèle pleinement au bout de 10 minutes de carafage. Par contre, la bouche a gardé toute son onctuosité, avec des tannins fermes mais pas rêches du tout et une magnifique persistance. Mon gros bébé joufflu devient un bambin de race avec un potentiel énorme. Il se boit magnifiquement bien avec un morceau d’agneau goûteux, mais serait sans doute un peu austère en dégustation pure. Il n’a pas été conçu pour cela d’ailleurs, ni aucun de mes vins. Je les réserve aux gastronomes, pas aux concours viticoles ni aux journalistes, même si ceux qui me rendent visite sont accueillis à bras ouverts.

 

Pour préciser ma pensée, le vin évolue dans le temps, c’est indéniable. Le rouge peut suivre deux voies, dissemblables ou bien parallèles. La première, que je recherche, est une polymérisation progresive des tannins (polyphénols) qui ne dépend que du temps qui passe. Elle est lente, mais influencée par la température ambiante. C’est le « vieillissement » d’un vin qui va l’amener à maturité en 5, 10 ou même 20 années quelquefois. La deuxième, que j’évite personnellement à tout prix (d’où mon choix d’une oburation hermétique), est un processus oxydatif, d’autant plus rapide que l’air ambiant peut influencer le contenu de la bouteille. Au tout début, il enlève simplement le petit peu de réduit qui apparaît en bouteille. C’est ce qu’on obtient par un carafage adéquat. Mais après, il fait perdre au vin ses caractères fruités et acquérir des arômes de vieilles feuilles, de fougère, de champignon moisi, de gibier faisandé ... que je n’apprécie guère. Tous les vins finissent alors par se ressembler. Je m’en passe facilement.

 

A la santé de mes visiteurs du Brabant Flamand,

à la santé de Denis,

et vive le bon vin d’Estagel ! 

 

 

 

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