UNE ÉTOILE BIEN CACHÉE

La table de Masachi, une * à Valence
La table de Masachi, une * à Valence

 

 

« Il a établi un ryokan »,

dit Pudlowski qui connaît

sans doute les auberges japonaises

sur le bout de ses baguettes.

 

 

 

Moi, ce sont les auberges espagnoles que j’affectionne car j’y débarque les mains et les poches pleines. Le Petit Futé, qui connaît moins bien le Japon mais ne veut pas être en reste, parle lui de kyokan. Je ne sais pas ce que les primates ont à voir là dedans. Quand un chroniqueur est ignare, il n’en étale pas moins son inculture.

 

Christine a repéré l’endroit, le petit écrin de notre troisième Japonais à nous (après mon vénérable ami de plus de 20 ans, Saburo Inada à Bruxelles et l’excellent Lijima Masachi sur la Côte Vermeille) : Ljichi Masachi, formé chez madame Pic et les frères Pourcel. Pourtant, il faut le trouver celui-là. Nous avons roulé sous le pont au centre de Valence et cherché en vain la rue des Cévennes, puis tourné et tourné, avant de demander notre chemin .... à 40 mètres de là. Il faut vous dire que je refuse de céder à l’appel des sirènes du GPS, cette machine à rendre les gens idiots. Maintenant, pour ceux qui le sont déjà, pourquoi pas ?

 

Et la dégustation s’est faite avec Sébastien, le sommelier de la maison : il évalue les vins posément, vous écoute et possède ses propres références, solides. Pas d’emballement hâtif, peu de phrases mais pourtant des jugements dans ses commentaires. J’aime assez cela. Je pense que vous trouverez l’un ou l’autre de nos petits vins à une seconde adresse valentinoise avant la fin de l’année mais n’aime pas vendre le chapeau de marc de l’ours avant d’avoir pressuré sa graisse. Et puis, fini, et en route pour l’Isère, après la Drôme.

 

Et bien non, de retour de Grenoble le lendemain – belles dégustations aussi – il était fort tard quand nous perdîmes des yeux le Massif de la Chartreuse et j’ai appris par le portable de José qu’il pleuvrait sur Perpignan (comme sur Knokke le Zoute) : nulle urgence à rentrer de nuit chez nous donc pour vendanger dès potron minet - ou poitron jacquet si vous préférez. Nous avons cueilli au vol Polo pour la nuitée en chambre d’hôtes (Combette à Saint-Péray, je vous en reparlerai) et avons décroché in extremis deux couverts à ... La Cachette. Fier comme Artaban, j’ai conduit la Civale sans coup férir de la route de la Mastre au centre de Valence, en moins de 20 minutes en respectant le code de la route.

 

Le lieu est particulier ; discret, secret même : une cachette en somme. Et une cachette qui ne manque pas de cachet. Une petite salle annexe (trois tables) où on nous avait installés, un boyau étroit qui jouxte la cuisine et où un gastronome volumineux doit avoir du mal à se mouvoir, une petite pièce faisant réception, puis la salle du restaurant en elle-même. Le tout reste dans les tons bruns, rehaussés parfois de turquoise, et la décoration est sobre. Ceux qui parlent de zénitude ont tort car l’ensemble ne présente pas de côté austère. Et le service est attentif et prévenant : malgré ma soif insatiable, mon verre n’est jamais resté vide (un excellent Saint-Péray 100 % roussanne).

 

Nous avons opté pour le menu de dégustation, à peine plus cher que l’autre – pas de carte kilométrique ici et c’est bien ainsi car j’ai des doutes quant à la capacité actuelle des restaurateurs de s’approvisionner, et surtout de servir chaque jour en produits frais des dizaines d’entrées différentes, puis huit poissons et dix viandes. En outre, cette formule permet de cerner les orientations du chef : c’était le but.

 

Je ne suis PAS critique gastronomique, je me tue à le répéter. N’attendez pas de moi une description détaillée, et sévère, de chaque plat. Je m’attable dans les restaurants de qualité pour me faire plaisir, et un peu pour voir comment nos vins se comporteront sur ce qui est préparé.

 

Nous avons extrêmement bien mangé : une mise en bouche présentait une mousse de mascarpone surmontée d’une tuile au fromage légèrement gratiné, le tout nappé d’un velouté au potimaron. Excessivement délicieux et joli comme tout. Pour suivre, saumon mi-cuit, homard et lapereau basse-température (avec des câpres exquises parmi la jardinière au balsamique blanc), cabillaud à la mousseline très aromatisée, foie gras en escalope, et un demi-pigeon (fournisseur local) exceptionnel (avec un verre de rouge de Gramenon offert par la maison). Ensuite ... LES desserts. Nous avions décliné le fromage, attendant bien sûr que Valrhona nous achève. Hélas, pas de chocolat aujourd’hui : cela donnera au Belge un prétexte de plus pour revenir.

 

A la sortie, un chef tout souriant

- il est 23 h 15’ et il vient de faire salle pleine –

nous attend pour avoir nos impressions.

On les lui a données : que du bonheur à table, et une équipe très attentive.

Si tous les samourais – c’est comme cela que la presse gastronomique l’appelle, allez savoir pourquoi –

font à manger comme lui, je vais acheter

une katana pour me mettre à table plus souvent !

 

 

Adresse du jour : La Cachette

16 rue des Cévennes

26000 Valence

T° : 04.75.55.24.13

 

 

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